En placant la 17e édition des Piolets d’or, l’équivalent pour l’alpinisme des Oscars, sous le signe du mythique Walter Bonatti, ses organisateurs ont exprimé les valeurs qu’ils souhaitaient privilégier: un alpinisme engagé, pur, léger et sans moyens artificiels. Reportage.
L'ensemble étant loin des lourdes expéditions qui dénaturent l’aventure par une débauche de moyens humains et artificiels, tout en saturant les montagnes.
L’alpiniste italien, qui a mis fin à sa «carrière» en 1965 par l’ouverture, en hiver et en solitaire, d’une voie directe dans la face nord du Cervin, a dessiné en quinze ans l’une des plus singulières trajectoires des cimes, payant parfois au prix fort son refus de tout compromis. À 79 ans, il reste une référence, alpiniste génial et homme libre.
Les organisateurs -le Groupement de haute montagne (GHM), et les mensuels Montagnes Magazine et Vertical- ont donc confié à un jury chevronné le soin de choisir parmi les 57 expéditions réalisées dans le monde en 2008, les six incarnant ces valeurs. «Il ne s'agit plus de parvenir au succès à tout prix, en employant des artifices financiers, techniques (oxygène, cordes fixes, porteurs d'altitude, produits "dopants" etc.)… C’est le style qui prime», explique Peter Habeler, 67 ans, membre du jury et premier homme à atteindre l’Everest sans oxygène, avec Reinhold Messner, en 1978.
Durant trois jours, de jeudi à samedi, le camp de base des Piolets s’est donc établi entre Chamonix et Courmayeur pour délibérer définitivement, mais surtout pour ce qui a pris des allures de grandes retrouvailles de la communauté des alpinistes du monde. Avec quelques moments insolites et émouvants.
Comme vendredi matin, à Arnad (Val d’Aoste) au pied des falaises de Machaby. Les jeunes «nominés» grimpaient aux côtés de leurs «anciens» , membres du jury, tandis que Walter Bonatti discutait au pied des voies. Le jeune Suisse Simon Anthamatten, 26 ans (mais déjà deux records de vitesse en cordée dans la face nord de l’Eiger, un titre de champion du monde d’escalade sur glace ainsi que de longues et dures voies à toute allure en Himalaya !) a confié que malgré sa «très grande habitude des compétitions d’escalade», il s’était senti nerveux et stressé comme jamais en grimpant sous les yeux du mythique Italien. Ou encore samedi, à Courmayeur , lors de la remise à Walter Bonatti d’un Piolet d’or honorant son parcours. La lecture, en italien, d’un extrait magnifique de l‘un de ses livres a rappelé que pour lui, l’alpinisme a toujours été un moyen d’accéder à son moi intime, un outil d’introspection, et la solitude, un «amplificateur d’émotions».
Samedi soir, sur les six ascensions exceptionelles retenues, le jury a décerné trois Piolets d’or aux «plus originales et audacieuses», a souligné le président du jury, l’alpiniste anglais Doug Scott, 68 ans, une grande figure de l’himalayisme.
Le jury a salué «l’engagement» de Fumitaka Ichimura, Yusuke Sato et Kazuki Amano. Les trois Japonais ont ouvert une nouvelle voie dans la face nord du Kalanka (6931 m, Inde), en septembre 2008. En se refusant à utiliser un téléphone satellite, alors qu’aujourd’hui le routage météo semble incontournable dans les grandes expéditions. «Aux deux tiers de l’ascension, une tempête de neige a obligé la cordée à stopper pendant trois jours. Une fois la tempête passée, ils ont continué alors que beaucoup auraient fait demi-tour», a noté le jury.
L’ascension de Ueli Steck et Simon Anthamatten a impressionné par « le niveau de difficultés jamais rencontrées jusqu’à présent à cette altitude». Les deux Suisses ont ouvert une voie dans la face nord du Tengkampoche (6 500 m, Népal), en avril 2008. «Une ascension mixte, rocher et glace, très fine, de 2000 m, sur laquelle dix expéditions de haut niveau s’étaient cassé les dents avant eux.»
Enfin, le jury a salué « l’esprit d’exploration » dont a fait preuve la cordée mixte japonaise composée de Kazuya Hiraide et Kei Taniguchi (première femme à recevoir un Piolet d’Or) pour l’ouverture en style alpin de la face sud-est vierge du Kamet (7 756 m, Inde), à l’automne 2008. Un sommet lointain et difficile d’accès. Manière de rappeler, pour Doug Scott, «qu'il y a dans le monde plus de hautes montagnes à découvrir encore que de cimes déjà conquises».
Des alpinistes solidaires
En 2006, le jeune alpiniste anglais David Sharp parti seul et sans sherpas, agonise sur la voie d’accès au sommet de l’Everest. 39 personnes passent à côté de lui, sans lui porter secours. Choqué, l’Alpine Club décide alors de créer un prix pour montrer qu’on peut toujour sauver quelqu’un, même à très haute altitude. Un prix honorant un homme ou un groupe d’hommes qui se sont détournés de leurs objectifs et ont risqué leur vie pour tenter de secourir des alpinistes en dfficulté. Cette récompense, «L’esprit de la Montagne» a été remise pour la première fois samedi à Chamonix en marge des Piolets à six hommes qui ont fait preuve d’un engagement total en mai 2008 à l’Annapurna, en se portant au secours de l’alpiniste espagnol Inaki Ochoa. Il s’agit de son compagnon de cordée, et médecin, le roumain Horia Coliabasanu, des Suisses Ueli Steck et Simon anthamatten, de Denis Urubko, Alexei Bolotov. et Don Bowie.
Le 23 mai 2008, l’alpiniste roumain Inaki Ochoa et son compagnon de cordée, Horai Coliabasanu, sont en difficulté à 7400 mètres d’altitude sur la face sud de l’Annapurna. Inaki est malade, Horai appelle les secours, et tente de prévenir tous les alpinistes qui sont dans la zone. Cinq hommes se détournent de leur objectifs, risquent leur vie en remontant la voie avec un médecin et de l’oxygène. Inaki Ochoa succombe à une attaque cérébrale et à un oedème pulmonaire juste avant leur arrivée. Mais les cinq hommes réussissent à ramener sain et sauf Horia Coliabasanu.
Commentaires
Mare nostrum
18H00 27 AVRIL 2009
Bravo !
Esprit montagne, respect d'autrui et de ce qui nous entoure, "terrain de jeux" oui. Et autant que faire se peut, pérenne.
Savoir utiliser les (nos) ressources (tant humaines que naturelles, l'eau, le bois pour ce chauffer (à ceux ayant fait de le montagne à "l'ancienne")) avec parcimonie, sans débauche de moyens artificiels !
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