Majestueuse, née de la rudesse des lieux et de celle des hommes, la forteresse de Massada raconte de ruines en ruines une histoire du peuple juif.
Surplombant d'un côté le désert de Judée, de l'autre la mer Morte et son eau trop salée, huileuse, acide, la forteresse de Massada est à l'image de la Terre sainte. Majestueuse et tragique, belle comme cette terre rude et nue, riche d'un passé peut-être trop lourd à porter, qui trouve encore trop d'échos des millénaires après. Vu d'en bas, rien ne distingue aujourd'hui de ses montagnes soeurs celle qui fut jadis couronnée d'une immense forteresse. Toutes ne sont qu'ocre, sable et rocaille. Il faut parcourir plusieurs kilomètres pour rejoindre la première oasis, Ein Gedi, ses cascades et ses jardins luxuriants.
Suspendue entre guerres et paix
Pourtant, il y a longtemps, bien longtemps, en 43 avant J.-C., Hérode le Grand, roi de Judée, bâtisseur du temple dont il ne reste qu'un mur, s'empara de ce plateau perdu et fortifié par d'autres quelques dizaines d'années plus tôt. Comme tous les grands rois, Hérode avait peur, peur de l'ennemi extérieur, des voisins égyptiens ; peur d'une rébellion chez lui, aussi. Alors, à Massada, Metzuda - le «bastion», en hébreu -, il fit bâtir un palais somptueux qui serait son refuge. Il y fit amasser des armes, «assez pour équiper 10 000 soldats», rapporte l'historien antique Flavius Josèphe dans sa Guerre des Juifs. Il ordonna qu'on creuse des citernes, immenses, et des canaux pour les relier entre elles. Ainsi, sur cette terre aride où, même en pleine saison des pluies, les rares épineux peinent à tacher de vert l'ocre du désert, Hérode n'aurait plus soif. Il aurait même des bains, des thermes à la romaine. A l'abri des hauts murs, il fit construire d'immenses entrepôts bien compartimentés où il stockerait du grain, de l'huile, du vin, du maïs et des dattes. Alors, au coeur d'une terre sèche, d'une terre de poussière où, loin des oasis et sans goutte-à-goutte, aucune plante ne pousse, le roi n'aurait plus faim. Enfin, à flanc de montagne, Hérode accrocha son palais. Des mosaïques, des colonnes soutenant trois terrasses qui embrassaient d'un seul regard les vagues du désert et celles de la mer Morte. Et puis Hérode mourut, sans jamais avoir eu à utiliser son merveilleux refuge.
Mais si l'un meurt en paix, en Terre sainte, la guerre n'est jamais loin. Parfois, magnanime, elle se plaît à sauter quelques générations. Mais finalement, toujours, elle revient.
Le bastion d'Hérode, ce sont les Zélotes, un groupe de Juifs extrémistes, qui vont s'y réfugier. En 66 après J.-C., les Juifs de Palestine se soulèvent contre l'empire romain. Les Zélotes prennent Massada, y accueillent les rebelles en fuite. Ils divisent le palais pour pouvoir tous s'y loger, réaménagent les bains pour qu'ils répondent aux critères les plus strictes de leur rite. Quatre ans plus tard, à Jérusalem, la révolte est écrasée. Les légions se tournent vers le fortin et débutent un siège qui durera des mois. La pente est abrupte, alors pour atteindre les murs, 300 mètres plus hauts, les Romains font construire une rampe par leurs esclaves hébreux, certains que les Zélotes ne les attaqueront pas. Ils atteignent les remparts et tentent, une première fois sans succès, de les enflammer. Qu'importe, une brèche sera bientôt ouverte, le temps des Zélotes est compté. Dans la forteresse, ils sont 963 hommes, femmes et enfants. Plutôt que de se rendre, ils vont tout brûler : leurs maisons, les réserves conservées dans les entrepôts qu'avait imaginés Hérode. Puis ils vont se diviser par groupe de dix et, dans chaque groupe, un Zélote va tuer tous ses compagnons et ainsi de suite, jusqu'au dernier. Quand les Romains pénètrent dans Massada, ils ne trouvent que deux femmes et cinq enfants, cachés dans une citerne ; les seuls rescapés du suicide collectif. Les Zélotes sont morts, et avec eux la Palestine juive.
Aujourd'hui, au pied de la forteresse, un vaste hôtel a remplacé le camp des légions de Rome. Seuls les touristes montent encore à l'assaut du plateau désertique, préférant à la rampe romaine un téléphérique pour atteindre les ruines poussiéreuses du sommet. Quelques-uns tentent de gravir la montagne à pied, par l'abrupt sentier du Serpent et ses 700 marches, qui rappellent à ceux qui en douteraient encore que Massada ne se laisse pas aisément prendre.
Des corbeaux pour habitants
En haut, le palais est détruit, les citernes sont vides, résonnant seulement de l'écho des voix des visiteurs. Ne reste que des fragments, classés par l'Unesco, qui se drapent de jaune ou d'orangé selon l'humeur du ciel. Sur le long plateau, il ne reste, des entrepôts immenses, des casemates des soldats, des bicoques des Zélotes et des pièces somptueuses, que les murets qui en marquent le détour, parfois remontés d'une ou deux rangées de pierres pour bien distinguer l'ensemble, ajout contemporain séparé des ruines originelles par une large ligne noire. De ci, de là, on a monté des caillebotis pour que les touristes s'extraient quelques minutes du soleil brûlant. Seuls les bains et, au sommet, la tour de garde ont encore leur plafond. Sur le site de l'ancien palais ne se dresse qu'une rangée de colonnes, qui ne soutiennent plus rien, encore peintes de couleurs chatoyantes. Quelques fresques, quelques mosaïques se laissent contempler au hasard de ce qui fut les ruelles de cet immense bastion. Pour habitants, on ne compte plus que des nuées de corbeaux.
Pourtant, au petit matin, quand le soleil se lève derrière les montagnes de Jordanie, enflammant la mer Morte puis les murs du bastion, on trouve parfois encore des soldats à Massada. Ce sont ceux de Tsahal qui, venant d'achever leurs classes, viennent prêter serment que non : «Massada ne tombera pas une nouvelle fois.» Puis suivent les écoliers israéliens, toujours accompagnés d'un ou deux parents d'élèves armés, qui effectuent une visite qui était encore il y a peu obligatoire. Jusqu'à ce que certaines voix questionnent la pertinence d'un suicide collectif comme morale nationale. Indifférents aux polémiques, les corbeaux viennent se jucher quelques instants sur les vieilles colonnes du palais d'Hérode. Deux mille ans après, entre désert et mer Morte, la vue n'a pas changé.
Lire l'interview de Mireille Hadas-Lebel, professeur à l'université Paris-IV-Sorbonne, spécialiste de l'histoire des Juifs dans l'Antiquité.
Commentaires
banguking
14H50 30 JUILLET 2009
Visiteur evoque la "fiction" de Massada.Libre a lui de le faire bien sur, mais permettez moi de lui rappeller que Mohammed n'a jamais existe non plus..Le coran a conte les aventures d'un chamelier qui a epouse une vielle pour lui piquer son argent. C'est la verite aussi ! Alors Un partout, la balle au centre.
Enfin, pour ceux que le mais fait peur, demandez vous donc quels bois ont ete utilises pour la construction du temple ? Oui, le mais etait utilise en mesopotamie bien avant Christophe Colomb.
Visiteur
18H23 28 AVRIL 2009
"maïs" est en fait une mauvaise traduction de l'anglais "corn" qui ne se limite pas à signifier "maïs" :
"The word "corn" is a little confusing. It is used to mean any grain crop including wheat, barley and rye. It is also short for Indian corn or sweetcorn which was brought to Europe from the New World."
Ken Follett
Visiteur
18H15 27 AVRIL 2009
MASSADA EST UNE LEGENDE !
BELLE....SOIT!
MAIS RIEN QU'UNE LEGENDE.....INFORMEZ-VOUS !
NE LA TRAITER PAS COMME SI C'ETAIT UNE REALITE
IL Y A DEJA ASSEZ DE CONNERIES SUR LE NET!
Visiteur
18H30 25 AVRIL 2009
"Maïs" doit être la traduction hâtive du mot "corn" = "grain" qui est surtout employé en anglo-américain pour désigner le maïs plus rarement nommé "maize"…
Visiteur
08H27 20 AVRIL 2009
du maïs ???
Patrick Lemaire
14H30 19 AVRIL 2009
Merci d'apprendre que, dans les réserves de Massada, était stocké du maïs. Etait-ce du maïs OGM ? Et comment Hérode le Grand procédait-il pour faire acheminer ce précieux maïs des hauts plateaux du Mexique jusqu'en la Palestine romaine ?
Visiteur
13H20 19 AVRIL 2009
Le stockage du maïs prouve qu'Hérode avait traversé l'Atlantique, bien avant Christophe Colomb, et l'avait ramené en Palestine.
Eytan
19H06 18 AVRIL 2009
A l'époque d'Hérode cette région du monde s'appelait la Judée; ce nom a été rayé des cartes par l'empereur Hadrien qui a voulu punir les Juifs de leurs révoltes successives. Il a donc appelée cette province la Palestine. Parler de la Palestine juive au temps des Zélotes est équivalent à évoquer la Gaule française ou la Perse musulmane au temps de Darius. Un peu de rigueur historique en place de vos oeuillères partisanes améliorerait votre article
Visiteur
15H32 18 AVRIL 2009
Vous êtes bien sûr pour le maïs ?!?
Nitchy
22H45 17 AVRIL 2009
Comment Libé peut-il laisser passer cette pièce purement hagiographique, reprenant telle quelle la légende de Massada, sans même mentionner les travaux des historiens et archéologues israéliens – tel le général et archéologue Ygael Yadin – remettant en cause depuis trois ou quatre décennies le récit mythique de Flavius Josèphe ? Libé prend-il ses lecteurs pour des enfants ayant besoin d'être édifiés, dans un monde demandant à être ré-enchanté ?
pascal de lozere
21H38 17 AVRIL 2009
tres bon article, jolies photos, juste une minuscule remarque... je ne suis pas sûr qu'ils stockent du "maïs" 1000 ans avant le re découverte des "amériques" ;)