L’Europe, version Amérique Latine. Voici Buenos Aires, bouillonnante capitale de l’Argentine. Une ville de tempérament, sang chaud avec passion du beau, de la séduction, de la réussite et du bien vivre.

Débarquer à Buenos Aires, c’est d’abord ouvrir des yeux ronds. Balayés les clichés rebattus sur le continent sud-américain. La pauvreté, parfois, mais la misère, peu. Surtout, des avenues rectilignes, bordées de façades qui ne dépareilleraient pas à Paris pour certaines, à Manhattan pour d’autres. Et plus encore, une population (environ 15 millions de Porteños, comme on les appelle) dont le visage raconte l’Italie ou l’Espagne plus que les descendants d’Incas ou les arrières petits-fils d’esclaves africains. Bref, voici un petit bout d’Europe du Sud transporté droit dans l’hémisphère Sud. Les Français de lointaine lignée ne sont pas absents comme en témoigne le bottin du téléphone ou le marbre des cimetières. Du reste, la ville est jumelée avec Toulouse, histoire de matérialiser l’hommage dû à Charles, dit Carlos, Gardel (1890-1935), natif de la ville rose et qui, au début du XXe siècle, redonna à l’Argentine son génie du tango.
Ces images saisies dès l’arrivée préparent à la découverte de l’âme locale. Inutile de s’étonner quand on surprend comme un éclair de fête dans le regard des passant(e)s. Pas la peine d’en sourire quand on surprend un duo œillade de feu contre sourire de velours.
En bonne sudiste, Buenos Aires est fille de séduction, de passion. Et de passions. Elle aime à en perdre la raison, le foot, la nuit, la viande, les baisers. Elle s’enflamme dès la première étincelle, pour un but litigieux, un vin corsé, une chanson d’amour, un tango soyeux. Il faudra en tenir compte à l’occasion des rencontres ainsi qu’autour des tablées. Le travail, d’accord, mais il ne saurait faire oublier les chaudes accolades, l’apéritif (interminable) en terrasse, le match de ce soir (Boca Junior quand on a la nostalgie Maradona) et l’after, entendons par là le dîner sur le port tard dans la nuit, régulièrement conclu par une virée sur la piste d’un club enfumé où la sensualité ruisselle à chaque pas de danse.
Bouillonnante de vie, Buenos Aires n’en oublie pas les affaires sérieuses. Elle expédie l’essentiel à l’américaine, direct et clair. Mais n’oublie jamais de les enrichir d’une touche de passion, d’un signe argentin. On appelle cela une marque d’identité, une preuve de caractère.
A faire, à ne pas faire…
* Pour circuler en ville, privilégier le taxi. Ils ne sont pas chers. Inutile de s’embarrasser avec une voiture de location.
* Le coût de la vie locale est nettement moins élevé qu’en Europe, même s’il augmente très rapidement (l’inflation serait de 25%, officiellement juste 10%). Mais le cours du peso (actuellement 25 centimes d’euro) baisse régulièrement et amortit la hausse des prix.
* On dit que les Argentins sont « des Italiens qui parlent espagnol et croient être anglais ». Il faut y voir une vraie expertise en affaires car leurs dirigeants parlent plusieurs langues et sortent des meilleures écoles américaines. Et une faiblesse : les Portenos sont invariablement convaincus d’être les meilleurs.
* En bons latins, les hommes d’affaires argentins sont volontiers machos. Voire. L’émergence du féminisme a placé quelques dames au conseil d’administration de nombreuses entreprises. Et ne pas oublier que la présidente actuelle, Cristina Kirchner, a été confortablement élue.
* Il n’empêche, la séduction joue un rôle essentiel dans les relations humaines. Donc, vêtements d’excellente façon avec un brin de décontraction.
* Les affaires se traitent à l’américaine et volontiers en anglais. Le conseil d’un avocat argentin se révèlera précieux.
* Après le travail, la vie continue. Il est très fréquent d’aller tous ensemble boire un verre ou dîner. La convivialité s’installe. C’est excellent quand les négociations piétinent. Pareillement, ne pas résister aux invitations du week-end dans les résidences secondaires. Station chic ou campagne sans frontière, ce sera dans les deux cas un coup de foudre pour l’Argentine.