Désertée par les touristes au profit de Shanghaï, la capitale du Royaume de Siam distille son charme de conte de fées.
Il est 15 heures lorsque le Boeing de la Thaï assurant la liaison entre Phuket et Bangkok se pose et c’est non sans émotion qu’on s’apprête à retrouver la «Cité des anges». Douze ans qu’on n’y fait plus qu’escale sur le chemin de Phuket, quand on ne rejoint pas directement la perle de la mer Andaman par Singapour. Dans les années 90, impossible de passer le jour de l’an ailleurs qu’à l’Amanpuri de Phuket. Pour Kate Moss ou Jude Law sur la plage, les conversations afterhours avec Bob Wilson, les soirées dans les villas et la poésie naturelle du lieu…
Qu’était devenue la capitale du royaume de Siam ? Comment s’était-elle laissée démoder par des médias avides de records, ne jurant plus que par Shanghaï et Dubaï ? Fallait-il être passé par une semaine de « detoxification » – maître-mot des dépliants touristiques – dans un resort sur l’île de Naka Yai pour rêver à nouveau des nuits toxiques de Patpong ? Le Serpent qui s’y était relocalisé était formel : le nouveau Bangkok, plus jeune et trendy que jamais, était à découvrir.
Sans transition. Dans la voiture, on repense à ces années où chaque séjour de Mick Jagger à l’Oriental faisait la « Une » des journaux. Il avait alors confié son inquiétude de « voir cette société traditionnelle passer sans transition au monde délirant d’aujourd’hui ». De fait, il faut deux heures pour rallier la ville depuis l’aéroport et c’est à regret qu’on annonce par téléphone au Serpent qu’il devra nous faire excuser auprès de la Reine à la réception de l’Ambassade de France qui va commencer.
A l’angle de Charoen Krung et Silom Road, Lebua at State Tower, offre, depuis peu, les plus vastes suites de Bangkok, une piscine en terrasse et un fitness club high-tech, mais surtout le plus haut point de vue sur la ville, coiffant le restaurant Pier 59, au 59e étage de l’hôtel Banyan Tree. Dans les ascenseurs, conduisant au 63e étage du Lebua, des ados parlent comme dans les clips de MTV et de jeunes bourgeoises jouent aux top models sur fond de musique électronique. En dînant sous les étoiles du Sirocco, en buvant un dernier cocktail au Sky Bar, on peut « scotcher » sur la rivière Chao Phraya derrière laquelle trône le Péninsula. Au moment où l’on sort de la State Tower, c’est Blade Runner : au milieu de la foule, une vieille mendiante avec un trachéostome hurle à travers un micro placé directement sur ses cordes vocales…
L’auto remplace l’estafette. Le patron du Serpent avec qui l’on dîne au Baan Khanitha, affirme que la ville « n’a pas tant changé ». On lui répond que le parc automobile semble avoir explosé depuis l’époque du slalom des Tuk Tuk et que s’il reste quelques mini estafettes colorées, les touristes semblent s’être évaporés. On en croise, au temple du Bouddha couché mais les hôtels n’affichent pas complet. A commencer par le Méridien ultra design qui vient d’ouvrir en plein Patpong, fameux quartier des bars et spectacles pour adultes. Depuis l’occupation très médiatisée, en novembre 2008, de l’aéroport par des opposants au gouvernement, la capitale semble faire peur, alors qu’à une époque où l’idéal de distinction est devenu un impératif catégorique de masse, quoi de plus glamour que d’être bloqué dans une ville pour cause de coup d’état ?
Lebua étant un rêve de « cauchemar climatisé » et déjà las de contempler le temps immobile depuis ce toit du monde, c’est au Four Seasons, historique bâtisse blanche de style colonial, dont les hôtesses en tailleur rose sourient comme si elles promettaient un été sans fin, que l’on déménage pour le week-end. Le Serpent et Fiat passent vers 13 h pour un club sandwich au bord de la piscine. On demande au premier ce qui se passe avec les chemises rouges et il éclate de rire : « Personne n’y comprend rien, au point que les journaux font
des diagrammes pour expliquer les théories conspirationnelles à leurs lecteurs. Person?nellement, je n’ai pas d’inquiétude. La pire répression qu’on pourrait redouter d’un nouveau régime militaire, c’est qu’ils demandent aux putes de mettre un soutien-gorge dans les bars. Le service, lui ne changera pas. »
On part faire du shopping sur Siam Square, passe de l’Emporium au Siam Paragon avant de finir au MBK. Le nouveau visage de Bangkok, ce sont ces énormes centres commerciaux perfusés d’escalators et qui poussent comme des champignons, fréquentés à toute heure par des millions de jeunes. La nuit tombée, on passe au Q Bar et au rétro futuriste Bed Supperclub, les deux clubs les plus trendy de Bangkok, puis au DJ Station, repaire de gays et fans de techno ayant abusé d’ecstasy à Ibiza. Passé 2 heures du matin, on ignore les dealers multicartes – DVD pornos, coke, massages, putes – haranguant le chaland entre deux stands de faux Gucci, et saute dans un tuk-tuk pour le Four Seasons.
Reste l’exotique décor. A la veille du départ, on retrouve au Pussy Galore des amis chinois dont les épouses insistent pour aller revoir « la plus belle revue de la Soi Twilight ». Avec ses néons multicolores et ses tables en terrasse, ladite rue du Crépuscule semble échappée d’un vieux film d’Ozu. Mais une fois à l’intérieur du club de bakélite noir, on est téléporté dans le Bangkok d’Emmanuelle. Même frénésie du personnel. Même clientèle – messieurs seuls, couples mariés, filles venues en bande se rincer l’œil. Même sens de la mise en scène : musclors luisants crachant des flammes en pyramides humaines… Une anglaise raconte que, dans le club d’en face, d’autres éphèbes « dansent en apnée dans des aquariums géants », et pendant quelques minutes, on ressent cette étrange insouciance communicative qui avait tant charmé Beverly naguère. Le sentiment d’être dans une ville de conte de fées, capitale d’un royaume qui n’a jamais laissé aucun envahisseur le déposséder de son identité ni de ses fastes. Dans la voiture conduisant au nouvel aéroport international, indice du développement exponentiel de la mégapole, on finit par reconnaître l’absurde motivation de cette visite : retrouver, intact, l’exotique décor d’une romance passée.
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Commentaires
Visiteur alph
22H35 08 NOVEMBRE 2009
...Il n'y a pas à dire, le bling-bling a pris un sacré coup de vieux :-)
yo
02H39 05 NOVEMBRE 2009
Bonjour,
C'est très curieux cette manière de regarder à la loupe la toute petite facette de BKK pour très riches, puis d'agrémenter ses propres impression poetico-egotique de banalité touristiques, pour en faire de grande généralité sur l'état d'une ville de la taille de BKK...
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On s'étonne ensuite que les étrangers arrivant pour quelques jours ou semaines soit bourrés de fausse idées aux antipodes de la réalité... fausse idées qu'il faut ensuite s'évertuer à imiter si on veut pouvoir leur vendre ce qu'ils attendent. Imitations qu'il appelleront BKK, ou Thaïlande. Imitations que l'on retrouve dans votre point de vue.
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Est-ce souhaitable de nourrir qq de ses propres attentes quand il y a tant à apprendre en voyageant ?
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C'est beau l'industrie du tourisme.
Heureusement il reste aussi des voyageurs.
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Yo, Chiang Mai.