Fiancée de la mer, la ville portuaire est un havre doré, où se mêlent galeries d’art et cafés intellos. Mais même sous les palmiers, la tension n’est jamais loin en Israël.
Et si Jaffa était une réconciliatrice entre Jérusalem et Tel Aviv ?
De Tel Aviv, sortie de son ventre en 1909, on y accède comme une banlieue proche, mais distante de 3 500 ans. Traversée par la mythologie, les invasions successives où ont dominé les Ottomans, la ville se veut une base de repli. Il ne faut pas s’y fier. Jaffa s’embellit, se « gentrifie », entre palmiers et bougainvilliers, mais l’incessante tension entre Arabes et Juifs en fait une belle «intranquille».
1. Le centre et le sultan
On peut aborder Jaffa à pied, par le front de mer, soit 2,5 km, pour déboucher dans ses remparts. Reconstruite depuis les années 1960-1970, cette ancienne forteresse, surgie d’une colline, adopte la couleur ocre-dorée des bâtiments ottomans restaurés. De ruelles en places, on passe du couvent franciscain place Kikar Kedumim à la tour de la place de l’Horloge dédiée au sultan turc Abdul-Hamid II. De ce cœur émouvant, aux mille âmes sédimentées, aux calligraphies de toutes les religions, on file au marché aux Puces ou vers les senteurs du jardin de la Crête.
Visitors’Center, place Kedumim. (03) 518 4015.
2. Le port et andromède
De ce port si ancien, surnommé « la fiancée de la mer », il ne reste que quelques mosaïques antiques et l’activité des pêcheurs. Un trafic touristique et culturel s’y développe. On peut dîner, face à la rade, au restaurant alternatif Container. Ce hangar, réhabilité en bar-galerie depuis 2010, fusionne cuisine levantine et européenne, des moules marinières au poisson à l’orange. Un rendez-vous cosmopolite où l’on entend le son des vagues d’immigrés qui ont accosté là, au pied de la pierre où fut enchaînée Andromède.
Container, Hangar 2, port de Jaffa. (03) 683 6321.
3. Arts et café intello
Ateliers d’artistes, galeries d’art, boutiques artisanales, Jaffa ressemble à tous les Saint-Paul de Vence du monde. Avec le célèbre théâtre Gesher russo-hébraïque, la culture est bien implantée. Et tout le monde d’évoquer le centre Nalaga’at, lieu associatif animé par une troupe d’aveugles et de sourds, avec son café Kapish et son restaurant BlackOut. Le rendez-vous intello, c’est le café-librairie arabe Yafa.
Centre Nalaga’at, port de Jaffa. www.nalagaat.org.il/home.php
4 / 5. Pita et houmous
En Israël, le jeu consiste à dénicher le meilleur houmous. Personne n’est d’accord. Ici, on plébiscite Ali Karavan, minuscule resto tenu par la famille Abu Hasan depuis 1966. Il sert un délicieux « masbacha » chaud, avec des morceaux de pois chiches entiers. Cette purée, aux influences multiples, rapprocherait les peuples du Levant. Comme le pain (pita), vendu à la boulangerie Said Abu Elafia & Sons, fondée en 1880. Et l’orange ? La succulente pulpe palestinienne est devenue fruit de discorde croqué par Israël qui en a fait sa marque héroïque.
Boulangerie Said Abu Elafia & Sons, 7, rue Yefet, 24 h sur 24 h.
Restaurant Ali Karavan, Abu Hassan, rue Dolphin.
6. Paix et architecture
Au Sud de la ville, on passe de pauvres masures en immeubles bétonnés, d’anciennes maisons arabes décaties aux résidences aisées du quartier Ajami. Ces élégantes minimalistes repoussent les habitants arabes les plus pauvres. Reste le bâtiment contemporain symbolique, la Maison de la paix, conçue par Massimiliano Fuksas en 2008, qui héberge le Centre pour la paix Shimon Peres. Ce parallélépipède entrecroise pierre, ciment et verre poli. L’architecte italien alterne « couches d’obscurité et de lumière, stratifications de matières qui représentent le temps et la patience ». Monument aux espoirs évanouis ou long chemin réconciliateur ? C’est dans cet entre-deux que l’on peut vraiment goûter Jaffa.
Maison de la Paix, quartier Ajami.