Partir à la découverte de la pointe est de l'île du nord en empruntant la Pacific Coast Highway (SH35) est une expérience magique, l'impression de découvrir un secret bien gardé...
Cette terre échappe en effet aux itinéraires des quelques 2,5 millions de touristes qui affluent chaque année en Nouvelle-Zélande. Aucun bus ne dessert le Cap ; seuls des services postaux privés invitent les voyageurs à pénétrer dans cette région fortement imprégnée de culture maorie.
Jeudi 6 mars - Napier.
La Nouvelle-Zélande est tellement touristique que l'on apprend à réserver, surtout pendant l'été austral (de novembre à avril). Direction donc l'office de tourisme de Napier, ville charmante connue pour ses façades Art Déco. « Un service postal de Gisborne à Whakatane ? Euh... jamais entendu parler de cela. » On est tout de suite plongé dans l'ambiance : l'East Cape est la seule région kiwie à avoir échappé au tourisme. Après plusieurs appels, on parvient tout de même à réserver : pas de ticket, juste une heure approximative et un lieu de rendez-vous. Le trajet s'effectuera en deux temps : de Gisborne à Hicks Bay avec le Polly's Courier, puis jusqu'à Whakatane avec le Hicks Bay Coastline Couriers.
Vendredi 7, samedi 8 et dimanche 9 mars - Gisborne.
Point de départ pittoresque de notre épopée, Gisborne est le paradis des surfeurs : de bonnes vagues et une ambiance très « relax ». La ville semble étrangement déserte, impression que l'on retrouve dans les pubs, même le week-end. C'est cependant là que l'on passe les nuits les plus mémorables de Nouvelle-Zélande : des matches de rugby sur tous les écrans, des bières vite avalées, des jeunes au repos après une longue semaine de travail sur les chantiers, des étrangers - notamment sud-américains - venus surfer... Les gens se mêlent et l'on se retrouve au petit matin sur la plage à admirer le lever du soleil, institution de la région. Le dimanche soir permet heureusement de se remettre d'aplomb pour pouvoir profiter pleinement du voyage qui nous attend.
Samedi 10 mars - Gisborne _ Hicks Bay.
La petite camionnette blanche qui s'arrête devant l'office du tourisme est déjà bien pleine : beaucoup de cartons et surtout une imposante machine à laver. Jack, le chauffeur pakeha (d'origine européenne), n'attendait d'ailleurs pas autant de monde. Après quelques contorsions, nous parvenons tout de même à caler tous les sacs, puis mes deux camarades états-uniennes se faufilent à l'avant, tandis que je me coince à l'arrière, entre un sac et une canne à pêche... Elle appartient à Tony, le beau-frère maori de Jack, de retour dans sa région après une mission professionnelle.
Tout en bavardant, nous nous éloignons de la ville par une route longeant la mer. Cinquantenaires érudites et dynamiques, Lisa et Emily me racontent leur séjour de trois mois à Aotearoa, le pays du long nuage blanc, ainsi que le nomment les Maoris. Après la distribution de quelques paquets, nous nous arrêtons dans la banlieue résidentielle de Gisborne pour un colis un peu plus gros : Witi, un jeune Maori de 9 ans qui rentre chez lui après avoir passé le week-end chez sa grand-mère. Il a pu se faire un peu de place à mes côtés et s'endort rapidement, la tête dans sa capuche.
La mer défile derrière les vitres et Emily, brochure en main, pointe tous les endroits intéressants, comme cette jolie église toute blanche, les pieds dans l'eau à Tikitiki. Cependant, la route quitte rapidement le bord de mer pour s'enfoncer dans les terres fermières, où nous devons à trois reprises nous ranger sur le bas-côté pour laisser passer quelques-uns des 40 millions de moutons qui peuplent la Nouvelle-Zélande.
À chaque village, Jack stationne au seuil de quelques maisons, écoles, entreprises pour y distribuer les paquets. Witi s'est réveillé et sa timidité s'estompe au fur et à mesure du voyage. Il a toujours vécu dans la région et connaît tout des endroits que nous traversons ; il salue régulièrement des visages connus et nous traduit les panneaux maoris. Ici, les écoles sont bilingues et le maori est très parlé en famille. Alors que nos chauffeurs sèchent à une question de Lisa, Witi nous éclaire sur Sir Apirana Ngata, grand leader maori, et nous montre sa maison à Ruatoria. La côte compte la plus forte concentration de population indigène du pays, la plupart des habitants appartenant à la tribu Ngati Porou.
Outre les nombreuses fermes, la région vit du commerce du bois, très prospère, et de la pêche, véritable passion... C'est le cas pour Tony, qui nous quitte, emportant avec lui sa douloureuse canne. La camionnette se vide peu à peu, la machine à laver est arrivée à bon port, à Te Araroa. Quelques kilomètres plus loin, nous déposons un carton à l'usine de fabrication d'huile de Manuka, aux multiples vertus. Jack m'apprend que la France est le plus gros client de l'entreprise.
Nous retrouvons ensuite la mer et passons devant la maison du patron, Polly, qui nous salue depuis son jardin. Son mari dépose les États-uniennes au motel et me conduit à l'auberge de jeunesse, Mel's Place, où je constate que les hôtes sont partis en vacances. Dommage, ils organisent souvent des sorties en mer et préparent le hangi, plat traditionnel maori.
C’est donc seule que je découvre le site d'une importance particulière pour les Maoris : on se trouve à l'endroit d'un ancien pa, village fortifié. La grande baie vitrée de la chambre permet de jouir pleinement de la vue sur la mer, dont on n'est séparé que par un jardin très agrémenté en paua, ce coquillage aux reflets bleutés que l'on retrouve notamment sur les yeux des sculptures maories. Le soleil se couche déjà et je ne tarde pas à en faire de même, après m'être imprégnée de cet endroit superbe.
Mardi 11 mars – Hicks Bay.
Étant au point le plus à l'est du pays, c'est donc ici que l'on peut voir les premiers rayons du soleil. Les hôtes ont laissé diverses indications sur les endroits et périodes auxquelles admirer ce « premier » lever. Sans voiture, je ne peux me rendre à l'East Cape Lighthouse, le phare le plus à l'est du monde (on aime les classements et superlatifs par ici...). Après une marche de 40 minutes à effectuer au (très) petit matin, on est paraît-il récompensé de ses efforts par une vue magique.
Outre les activités liées à la mer, Hicks Bay, village qui semble sorti de nulle part, se prête bien à la marche. Emma, l'une des bêtes laissées par les propriétaires aux bons soins des voisins et des visiteurs, m'accompagne jusqu'au sommet de la colline où se trouve le motel. Malgré les indications de Scott, le voisin peintre et professeur de surf, la chienne m'évite de me tromper de chemin à plusieurs reprises. La vue depuis le sommet est splendide, surplombant notamment la plage d'Onetopo. Emma est ravie par le trajet retour, ayant trouvé un opossum à croquer. Cet animal non endémique est une véritable peste et certainement la bête la plus détestée des Kiwis, les habitants mais aussi les oiseaux qui ne volent pas, emblèmes du pays fragilisés par l'arrivée de ces prédateurs.
Après cette journée solitaire, j'ai le plaisir de constater l'arrivée d'une Allemande et d'un couple de Danois à l'auberge. Dans un lieu qui invite à la relaxation, nous passons une soirée tranquille à bavarder.
Mercredi 12 – Hicks Bay _ Whakatane.
Ihia, mon chauffeur maori, se fait quelque peu attendre et je crains qu'il ne m'ait oubliée. Peu après 7h, il arrive cependant avec son minibus. Je suis la première passagère, mais Lee, un jeune du coin, me rejoint vite. Quelques jours après avoir soufflé ses 12 bougies, il part pour une semaine de boxe à Rotorua, l'une des principales villes de l'île du nord. L'heure matinale ne se prête pas trop aux bavardages. C'est donc dans le silence que nous profitons de la vue prodigieuse sur les multiples baies dans lesquelles nous nous rendons, pendant qu'Ihia se dépêche de déposer ses colis, constamment stressé par le temps.
Cette section de la SH35 permet d'admirer la côte, si belle et si paisible, tout en profitant de quelques incursions dans les terres pour croiser des chevaux en liberté. Découvrir les merveilleuses plages du Cap sur un cheval est d'ailleurs une activité recommandée, qu'il est possible d'effectuer dans de nombreux endroits, dont Hicks Bay.
À Whanarua Bay, considérée par certains comme la plus belle baie de la côte, Lee est réveillé par sa tante, qui lui souhaite de la chance et surtout de « rapporter beaucoup d'argent ! » La vie dans l'East Cape est agréable et ensoleillée, mais parfois sommaire. La distribution du courrier permet de pénétrer dans les résidences et de constater que certains se sont fabriqué leur habitation avec de simples tôles récupérées ici et là.
Quelques kilomètres plus loin, Ihia passe prendre un habitué, George, qui se rend régulièrement à Opotiki pour y travailler. Les deux hommes se connaissent bien et échangent des nouvelles de leur famille et de la communauté. Le sentiment d'appartenir à une même entité est perceptible et malgré l'étendue du territoire, on a souvent l'impression que tout le monde se connaît.
Les Maoris se retrouvent dans des marae, espaces de rencontre, lieux sacrés superbement décorés de sculptures traditionnelles. La côte en compte un nombre impressionnant, qu'il est en général possible de visiter après avoir demandé l'autorisation de la tribu. Nous en apercevons d'ailleurs un à Te Kaha, village de pêcheurs situé à 60 km d'Opotiki. Les sculptures qui l'ornent sont particulièrement travaillées.
Les kilomètres de sable doré défilent sous nos yeux jusqu'à l'arrivée à Whakatane. Avant même de retrouver les zones commerciales de la ville, on se dit qu'on aurait dû passer plus de temps sur la route la plus isolée et charmante du pays. L'ambiance amicale du Lloyds Lodge permet cependant d'atterrir en douceur. Maori fier de ses origines et de sa culture, Hare offre à ses hôtes une soirée de découverte en chanson de la langue maorie. « Ka tu he kotahi, tu tata mai », ensemble, nous allons accueillir le soleil levant.
Commentaires
clement
18H57 07 AOUT 2008
Nous aussi sommes passés par là... Gisborne nous a bien plu... va voir mon papier si tu ne la pas deja fait: un ete pour tout vivre en bas de page, ca te rappellera peut etre de bons souvenirs. Joli article en tout cas.
alex
23H39 24 JUILLET 2008
je reviens de Nouvelle-zelande,c'est un pays merveilleux et pour le moment le taux de change est tres avantageux,profitez-en.
Un point noir cependant,les degats de la deforestation sont impressionant.