François Damilano est parti filmer l'ascension du Manaslu au Népal. Une aventure chroniquée en direct pour Libévoyage. La semaine dernière, le mauvais temps l'a empêché d’atteindre le sommet. Retour sur un épisode tragique de son aventure.
Manaslu Camp IV.
«Lundi 18 mai. On est en route pour notre dernier camp avant le sommet. Au sortir de la grande pente nord est du Manaslu, la trace s’insinue entre les grands murs de séracs de la calotte sommitale. Une dernière traversée ascendante en glace vive permet enfin à l’effort de s’infléchir. On bascule alors peu à peu sur le plateau ouest du sommet en se dirigeant vers un petit col. A droite, glissant inexorablement vers le vide, des amas de toiles et de matériel épars, restes des expéditions précédentes qui n’ont pas pu ou voulu démonter leur dernier camp....
Soudain juste au-dessus de la trace, une drôle de forme émerge de ce qui semble être un reste de tente ou de sac de couchage. Un corps, ou plutôt un demi corps car la partie inférieure est enfouie dans les fatras de tissus et pris dans la glace, émerge perpendiculairement à la paroi. Vision saisissante que ce crâne parcheminé et ces bras levés vers le ciel comme dans une injonction…Une sentinelle gelée.
Enfin, on arrive au camp IV, le dernier, où se trouvent déjà trois petites tentes battues par les vents, Des profils étranges en sortent, s’agenouillent, et ajustent leurs masques de cuir, de silhouettes masquées et titubantes. J’ai soudain l’impression d’être immergé dans ces dessins de Tardi qui évoquent les combattants de 14/18 au milieu des tranchées et des nuées de gaz
Juste au-dessus, descendant des alentours du sommet, quelques silhouettes se découpent aux abords de la chute de glace, cherchant à rejoindre le camp. Ils gesticulent sans qu’on comprenne s’il s’agit d’appels à l’aide ou de mouvements pour combattre le gel. Ils n'ont plus la force ou la lucidité pour trouver le bon passage pour descendre. Indifférents, leurs compagnons qui viennent d'arriver au camp, s'occupent de leur matériel.
Pour la première fois, je découvre la réalité de ces alpinistes qui tentent de gravir des 8000 sous oxygène artificiel. Encore une fois, je pense à Tardi, aux gazés...»
Commentaires
JEAN-CLAUDE
23H41 31 MAI 2009
L'anthropologie nous apprend que les rites funéraires sont une spécificité de l'humain. Ne pas laisser à l'abandon le corps sans vie du congénère.
L'himalayisme est-il une régression ? Pourquoi monter si haut pour tomber si bas ?