Nous poursuivons notre visite du Guatemala par Copan puis le lac Atitlan, considéré par beaucoup comme le plus beau lac du monde. J'avais déjà eu l'occasion de me rendre au pays des hommes maïs comme on les appelle et j’avais été fascinée par cette terre où la culture maya est encore très vivante.
Il suffit de se rendre sur les marchés pour s'en rendre compte. A Solola par exemple, les Indiens, qui représentent 60% de la population du pays, viennent de tous les villages environnants pour acheter et vendre leurs produits. Ils portent des tenues aux couleurs vives, chaque village ayant son propre costume traditionnel. Cette coutume remonte aux Espagnols qui, pour mieux contrôler les allers et venues de chacun, imposaient des motifs et des couleurs à chaque communaute. Avec le temps, les Quechis, Tzutujils ou Caqchiquels ont fait de cette contrainte une fierté, adaptant les dessins à leur goût. On sent chez ces gens une immense fierté. Il faut dire que malgre les horreurs subies, ce peuple a su conserver son identité culturelle. S' il fallait donner une seule bonne raison de visiter le Guatemala, ce serait ses marchés: bus aux couleurs clinquantes, tenues multicolores, bonheur de se perdre dans la foule… (même si se deplacer au milieu de celle-ci releve parfois du sport extrême) L’experience est inoubliable et l’on a le sentiment d’être au cœur du monde maya.
La légende des hommes maïs est relatee dans le Popol Vuh, livre qui décrit la création du monde selon les mayas quiché. On dit que les dieux voulurent créer des êtres capables de les adorer alors ils prirent de la terre et faconnèrent l'homme. Mais, à la premiere pluie, l’homme se transforma en boue. Alors les Dieux essayèrent de créer l’être humain avec du bois, mais celui-ci ne pouvait pas parler et était denué de conscience. Finalement les Dieux créèrent l’Homme avec de la pate de maïs, il était doué de raison, pouvait parler et vénérer ses dieux.
Cette légende montre l'importance du maïs dans ce pays où il constitue pour beaucoup l'unique nourriture. Je me souviens que lors de mon précedent voyage, une jeune fille m’avait dit “La tortilla c'est la seule nourriture qu'on est sûr de trouver tous les jours sur la table”
Après un bref passage à Antigua, l'ancienne capitale du Guatemala et joyau de l’architecture coloniale, nous nous rendons au Salvador. Ici le maïs est encore présent mais sous forme de “pupusas”. Ce sont des tortillas farcies accompagnées de salade pimentée. C’est tout un spectatcle de voir les femmes travailler la pate, y mettre des haricots, du fromage et du porc puis l'aplatir avec une célérité et une dexterité hallucinante. La plupart du temps, elles ne prêtent pas attention à ce qu'elles font et bavardent allègrement entre elles. Au debut, les pupusas nous ravissent, c'est bon, pas cher et ça tient au corps très longtemps.
Cependant comme il est difficile de trouver autres choses dans les petits villages, au bout de quelques jours, c'est la saturation.
Le manque de cuisine francaise commençant à se faire sentir nous nous prenons à rêver de pupusas au roquefort et noix ou de pupusas au magret sauce foie gras… Le délire, heureusement, ne dure pas.
Film
C'est a Tacuba, dans les montagnes salvadoriennes que nous rencontrons Manolo qui est guide. Des notre arrivée, il nous soumet à une tournée d’aguardiente, un tord boyau du cru. L'alcool aidant nous nous lançons dans de grandes conversations. Ayant été très marquée par le film “Salvador“ d’Oliver Stone , je ne peux m empêcher de l’évoquer avec lui.
“Oui je l' ai vu”, me dit-il. “Mais c'est tres loin de la réalité. Le film laisse entendre que le FMLN, le Front de libération, est irréprochable alors que si tu discutes avec ceux qui ont connu cette époque tu verras que les deux camps ont commis des horreurs."
Prise de conscience de ma part: malgre toute leur bonne volonté, les artistes, avec leurs livres et leurs films ne remplaceront jamais la parole du peuple. Il poursuit “beaucoup d’étrangers ont une vision romantique des mouvements revolutionnaires, les Européens notamment. Parfois on en voit qui viennent nous donner des leçons. Je me souviens qu'une fois un Espagnol a interpellé la foule sur la place du village. Il nous disait de refuser le tourisme, que celui ci amenerait la drogue, nous deposséderait de nos terres etc…”
Manolo se bat contre la mauvaise réputation de son pays que l'on présente souvent comme un immense coupe-gorge. Quand j'etais en Allemagne je suis allé dans une bibliothèque et par curiosite j'ai ouvert un livre sur le Salvador. Ce n'était que gens en armes, morts … Cela a peut-être été le cas à une époque, mais aujourd hui ce n'est pas ça mon pays. A côté il y avait des livres sur le Costa Rica où tu découvres des animaux, des fleurs colorées, des plages magnifiques… Forcément pour l’Européen qui voit ça, le choix pour ses vacances est vite fait”. C est vrai que la mauvaise reputation du Salvador n’est absolument pas méritée et n'a rien a voir avec le fait que les gens vous appellent tous “mi amor “. Nous gardons un excellent souvenir de ce pays et de ses habitants. Nous ramenons plein de trucs et astuces culinaires grâce à la maman de Manolo, une femme charmante dont je me rappellerai longtemps cette parole: “Bien sur que tu peux sortir te promener dans le village, c'est plus sûr que ta propre maison mi amor”
Cabeza, fuerza y corazon
Générosité
Apres le Salvador,ses parcs et ses plages incroyables, nous nous rendons au Honduras. Nous y apprenons à nos dépens que dans un voyage, il y a aussi des déceptions. Peut-être est-ce dû aux contre-temps et à la fatigue qui s'accumulent mais le pays nous déçoit. Nous gagnons donc rapidement le Nicaragua, “pays de volcans et d’eau”. Notre premiere étape est Granada , une ville magnifique appelée la Gran Sultana. C'est là-bas que nous rencontrons Lucas,un restaurateur au parcours atypique.
Chef dans un restaurant thailandais en France, dans un restaurant marocain en Angleterre et dans un restaurant italien en Allemagne, il a fini par s'installer à Granada. Le résultat de ces pérégrinations est que sa cuisine est une fusion de gastronomies differentes et son restaurant un lieu ou l'on sent toutes les influences du monde. Don Lucas comme on l’appelle est d'une grande générosité et d'une grande sagesse. A la question “Quelles qualités faut-il pour monter un restaurant au Nicaragua”, il nous répond “Cabeza, fuerza,y corazon“ (de la tête, de la force et du cœur”). Cette phrase qui résonnera longtemps dans mon esprit s’applique je crois à toute entreprise extraordinaire. Il poursuit en disant: “Il faut aussi apprendre à connaître le pays où tu t’installes et aimer les gens qui y habitent”. Au fil de nos rencontres, une vérité se fait jour, les bons cuisiniers qu'ils soient amateurs ou professionnels sont d'abord des gens généreux, pour qui le plaisir de l'autre est la plus belle des récompenses.
Don Lucas nous présente Tomasa, la mère de son chef et, selon lui, la meilleure cuisinière de Granada et des alentours. Tomasa habite dans une petite maison mal éclairée où les bougies et les images pieuses constituent l'unique décoration.
Légende
Durant les sept vendredis précédant la Semaine sainte, les gens font des kilomètres pour lui acheter des plats. Sa specialité ce sont les nacatamales, composés de bouillie de maïs, de tomates et de poulet cuits dans une feuille de bananier. Mais pour les festivités elle cuisine aussi la tortue, bien qu'il soit interdit normalement d'en consommer pour cause de conservation de l’espèce. A Granada nous goutons l'iguane accompagné de ses œufs et la soupe de poissons.
Nous poursuivons notre visite du Nicaragua par Isla de Ometepe, la plus grande île lacustre du monde. C'est un endroit magique, situé sur deux volcans dont l'un est toujours en activite. L'ambiance est celle d'un petit village et respire la tranquillite. Les écoliers en tenue vont à l'école à deux voire trois sur leur bicyclette, les fermiers perchés sur leur chevaux mènent leur vaches paisiblement. Tout est calme ici. Il y a une cellule sur l’île mais la dernière fois qu’elle a servi c'était il y a plus d'un an; et encore, c’était juste quelqu'un qu’on avait mis là pour dégriser. C'est dire la bonhomie des habitants d’Ometepe qui vous saluent avec de grands sourires. Mais attention, le paradis récèle parfois des pièges car dans le lac existe un poisson qui a des pouvoirs magiques. ” Celui qui en mange reste prisonnier de l”île, nous raconte-t-on. Il se marie, fait des enfants et plus jamais il ne repart d’Ometepe“… Quelques secondes de reflexion, la tentation est grande mais il nous reste encore tant a découvrir…
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