Capitale douillette et humide du golf, la ville universitaire écossaise virevolte entre soirées étudiantes et ballet de touristes au milieu des vieilles pierres.
‘Le temps a laissé son manteau’
Je vis dans cette contrée mouillée aux effluves de laine et couleurs d’herbes vives. L’Ecosse est un pays douillet où il fait bon vivre, j’y ai posé mes valises le temps d’une année dans les salles de classe pittoresques de l’université de St Andrews.
St Andrews est une ville de golf et d’études, rythmée par les ‘opens’ et les périodes d’examen. Greens, université prestigieuse, paysages captivants : étape obligatoire sur la route des Highlands. A la même latitude que Göteborg en Suède, il y a fait étonnamment doux, relativement sec et beau. Dans cette capitale mondiale du golf, le gentlemen Royal & Ancient Golf Club aux portes très fermées domine les pelouses, la plage et les dunes. Derrière, la ville et les jardins sont le terrain de jeu des quelques 9 000 étudiants qui séjournent ici –une bonne moitié de la population totale de la ville.
J’y vis le nez au vent puissant, les yeux au ciel, goûtant le plaisir de ces belles journées d’hiver. L’hi-vert aux multiples facettes remplace le gris habituel des hivers continentaux, vert tendre des terrains de golf infinis semés de drapeaux blancs, vert dur de la tourbe qui façonne les falaises, vert sapin du tartan des kilts des officiers, vert sombre des bottes de chasse et des barbours élimés.
Je redécouvre loin de la ville des matières qui me ramènent en enfance, pull-overs en laine de mouton qui piquent le nez et le cou, bottes de caoutchouc, manteaux cirés, mousses et bois mouillés.
Cette université d’élite regroupe une bonne part des plus riches héritiers du monde anglo-saxon, et perpétue grand nombre de traditions séculaires, maximes latines, et bizutage soft. Devant les murs d’enceintes du quadrilatère, cœur de l’université, sont gravées au sol en lettres de pavés les initiales de Patrick Hamilton, martyr chrétien du XVème siècle, lettres sur lesquelles il est interdit de marcher sous peine d’échouer à ses examens. Les jours de forte affluence, les couples de touristes étonnés fixent sans comprendre le quadrille des étudiants sautillant ces initiales de pierre. Gare aux distraits, la coutume force à se baigner dans la mer du Nord pour se débarrasser du mauvais sort, au soleil levant du 1er mai. En cette aube printanière héritée des traditions celtiques, et à une semaine des partiels de fin d’année, la plage en contrebas du château est semée d’étudiants se plongeant en frissonnant dans une eau glacée, un verre à la main pour se réchauffer.
Laissant le vent tout faire, quand la mer frissonne et le sable s’engouffre dans les salles de classe, les bourrasques chatouillent la rigueur des toges rouges des universitaires échevelés. Dans cette ville comme une bulle, le monde en vase clos vit aux cadences des études, fêtes du jeudi soir et silence absolu des dimanches matins. Au petit jour se croisent élèves et caddies les yeux fatigués sous le vol criard des mouettes. Je vis à l’est de la ville aux sept golfs, au pied de la cathédrale, dans les pétales tombés des cerisiers d’avril. S’acclimater à ce pays de brumes et de bruyères c’est reconnaitre la couleur des tartans, esquisser des pas de céilidh, comprendre l’accent gaélique et aimer la viande de mouton.
‘And everybody felt the rain’
J’écris dans cette bibliothèque assaillie de livres poussiéreux et de mac flambant neufs avec l’impression d’écrire des secrets. La ville compte le plus grand nombre de pubs par étudiant du Royaume-Uni, aussi bondés que la bibliothèque, paradoxe d’une ville universitaire prestigieuse, ‘study hard, party harder’. Les tables avec vue sur mer sont prises d’assaut par les doctorants ayant choisi de passer trois longues années à écrire devant les vagues de ce pays où il fait tout le temps nuit : les soirs tombent et leurs yeux marinent dans le reflet des vitres.
Les courtes journées d’hiver sont pourtant très belles, et la lumière frappe les vieilles pierres grises des villes écossaises dont les habitants sont si fiers. Chaque château conserve les frissons d’une histoire de fantôme et dans ses registres la signature chérie de Marie-Stuart. Partout en tête de toit, la croix blanche du drapeau écossais rappelle la croix de supplice de l’apôtre patron de la ville et du pays. Je suis fière d’être française dans cette région de l’Auld alliance où l’on préfère les Gaulois aux Anglais. Les tumultes du referendum écossais sont bien loin des ruelles calmes de cet ancien archevêché. Dressée de clochers et de nuages, la ville louée par Burns et Defoe porte les paradoxes de sa riche histoire, sépulcres de moines du 15ème siècle déterrés devant la boite de nuit locale, gentlemen’s club dissout par des féministes, serments latins prêtés sur Internet.
Stoïque, l’université fête depuis quatre ans ses 600 ans, célébrations grandioses financées à grand renfort d’alumni prestigieux, parmi lesquels quelques Lords et le futur roi. ‘Kateetwilliam’ se sont rencontrés dans ses murs, dans les salons très fermés de St Salvador’s, résidence étudiante somptueuse, comptant nombre tours gothiques, vitraux et fauteuils clubs.
Depuis les jardins de St Salvador’s, quatre rues parallèles semées d’églises abritent des cours fleuries de capucines. Ces quatre rues lient les bâtiments de l’université aux vestiges d’une cathédrale écroulée. A l’est, la mer, à l’ouest, les golfs, au sud, les collines.
Ambre. Couleur du whisky reflété sur mes ongles peints, le fond d’un verre plat et rond en équilibre sur une banquette de cuir élimée, les quartiers de la jeunesse étudiante. Etudiants et professeurs se regroupent dans les banquettes moelleuses d’un pub au nom guerrier. Ici on commande la bière au bar, le whisky sans glace et les frites au vinaigre, au son d’un vieux juke-box qui joue du Rihanna.
‘Oh! Ye'll take the high road, and I'll take the low road’
Cornemuses sur mon ordinateur. Alors que les jours rallongent, dans la lumière enfumée de feux de camps sur la plage, Laphroaig 10 ans d’âge et Blackberry échoués sur le sable mouillé, je suis triste de quitter cette ville de contrastes.
Commentaires
coconut84
17H29 17 MAI 2013
Plus littéraire que descriptif... Tout de même, quelques effluves...
Visiteur
10H33 17 MAI 2013
On s'ennuie beaucoup à St Andrews et l'ambiance y est détestable. Les étudiants la bas sont trop riches, ou plutot leurs parents, pour qu'on trouve quoi que ce soit à dire sur leur conduite.
En fait, pour obtenir votre diplome, il vous suffit d'avoir une moyenne de 7/20.
Par contre, le reste de l'Ecosse est magnifique (Edimbourg, Glasgow, les lochs, les highlands, les chateaux) et les écossais sont généralement très gentils et accueillants.