Canyon de Chelly, cœur de la nation navajo. 300 mètres de falaises parsemées de ruines Anasazies. Tout au bout, se trouve la Spider Rock, une tour minérale dressée en plein centre du canyon.
Bobby est né dans ce canyon. Aujourd'hui, il le fait visiter aux touristes et en raconte l'histoire. C'est là que les hommes auraient reçus des esprits les cérémonies sacrées de guérison.
Il existait vingt six cérémonies. Une dizaine est encore pratiquée par les hatalis (guérisseurs navajos) actuels. Les autres ont été oubliées. Pendant plusieurs jours et nuits, le guérisseur opère différents rites, chants et peintures de sable autour du malade. Le dernier jour, les proches du patient se réunissent auprès de lui.
Ces cérémonies sont issues des mythes navajos. Ils racontent les aventures de héros qui, après avoir subi plusieurs épreuves, se voient confier par les Etres Sacrés les remèdes relatifs aux maux dont ils souffrent. A chaque maladie, sa cérémonie et son mythe. En chantant le mythe adéquat, l'hatali transmet le pouvoir du héros au malade. Le patient, en s'appropriant ce pouvoir surmonte les épreuves de sa maladie telle une ordalie mythique. Un important processus d'identification s'opère.
Les peintures de sable sont un autre élément symbolique de la guérison navajo. Elles sont peintes au sol, devant le patient, puis détruites à différentes étapes de la cérémonie. « Ces mandalas représentent le cosmos en miniature et en même temps le panthéon. Son élaboration équivaut à une re-création magique du monde. Devenant symboliquement contemporain de la Création du Monde, le patient est immergé dans la plénitude originelle de la vie. Il est imprégné par les forces gigantesques qui ont rendu la création du monde possible. » Ainsi chaque peinture est un générateur d'énergie psychique. Elle concentre le pouvoir en un point précis. L'hatali, en employant le support physique du sable, transfère ce pouvoir sur le malade.
Lorsque l'on considère ce fort processus symbolique, il semble évident que le patient doive partager les croyances fondamentales du guérisseur et de sa culture pour que la guérison puisse se produire. « Si une personne est mordue par un serpent, on peut utiliser des chants et rituels, mais si cette personne n'y croit pas, tout cela ne servira à rien. »
La médecine navajo n'est pas directement vouée à régler un souci de santé mais plutôt à corriger des disharmonies. Le concept de santé est intimement lié à celui d'harmonie et de beauté. Il n'y a qu'un seul et même mot définissant ces termes dans la langue navajo: Ohzho. Les cérémonies associent ces différentes conceptions en un même ensemble. Les peintures de sable, les chants, la guérison, la recherche de l'harmonie, tout n'est qu'un. “Lorsque nous parlons de "beauté", nous parlons nécessairement de religion, de philosophie, de santé. »
Au fond du canyon, une pancarte pour touristes. Deux mots seulement et la Spider-Rock tout en bas. « Ohzho naascha », marcher en beauté.
Sandner D., Rituels De Guérison Chez Les Navajos, Editions Du Rocher, 1996.
Pfitser O., Revue Imago, XXIII, N° 1, 1932, pp. 81-10
Commentaires
Stephane, Laure
19H49 31 MARS 2010
Merci pour ces deux commentaires qui nous permettent d'apprendre et nous donnent l'occasion d'expliciter nos écrits. En fait, Anasazis et Navajos ont tous les deux occupé le canyon de Chelly. Les Anasazis, peuple amérindien ayant disparu avant l'arrivée des Européens (sans qu'on en connaissent la raison) y a vécu jusqu'en 1300. On retrouve les traces de leurs villages troglodytes sculptés dans la falaise. Les Navajos auraient peuplé le canyon qu'à partir de 1700.
Par ailleurs, nous avons utilisé le terme "mythe" non pas dans le sens de récit fabuleux ou de croyances éronnées mais dans son acceptation de récit tenu pour vrai, expression d'une pensée symbolique et fondateur d'une pratique sociale.
Visiteur d'un soir
23H55 30 MARS 2010
Vous melangez peuple Anasazie et Navajo!
D'ailleurs le mot Anasazie n'est plus utilise maintenant car c'etait un nom pejoratif donne par les Navajos a ce peuple et qui veut dire "enemis".
Annabelle Vergne
22H17 30 MARS 2010
Bel article, mais n'employez pas le mot "mythe" pour parler de ces cérémonies. Mes amis Navajo, qui vivent non loin de Canyon de Chelly (prononcer "di Chei") prennent cela très au sérieux. Pour eux ces "mythes" sont tout aussi vrais que nos livres d'histoire. J'ai eu l'honneur d'assister à une cérémonie de guérison de "the ennemy way" ("la voie de l'ennemi")et il est certain que la foi joue un rôle important dans le processus de guérison, concept que notre médecine occidentale commence à peine à explorer, notamment dans le domaine de la psychologie.
Sur la réserve Navajo,tous les hôpitaux disposent d'un Hogan traditionnel et d'un hataali, et médecine traditionnelle et occidentale travaillent ensemble.
Pour de plus amples informations sur le déroulement de ces cérémonies,voir l'article de marie-Thérèse Cayol visible sur internet, notamment page 8, "Comment conjurer le mal"