Après plusieurs semaines passées à travailler à La Paz et dans sa région, l’équipe se sépare : Manon et Sophie partent à Tarija et Sébastien et Matthieu se dirigent vers Potosí…
Après huit heures de bus de nuit depuis La Paz, nous arrivons enfin, à 6h du matin, à Potosí. Cette ville possède une histoire très riche : capitale du Département de Potosí et de la Province de Tomás Frías, elle est surplombée par le Cerro Rico (en quechua : Sumaq Orcko), montagne qui abritait jadis la plus grande mine d’argent du monde. L’Histoire se mêle à la légende en ce qui concerne la découverte du Cerro Rico : les colons espagnols auraient appuyé la version (peu objective) selon laquelle les Incas avaient connaissance des richesses que la montagne contenait, mais avaient été repoussés par une terrible explosion au moment de commencer son exploitation (d’où le nom de la ville : "¡P'utuqsi!"), leur interdisant ainsi d’extraire l’argent, soi-disant réservé à «ceux qui viendraient après». La version la plus répandue reste celle qui raconte l’histoire d’un Indien Quechua nommé Diego Huallpa, perdu dans la montagne avec son troupeau de lamas au début de l’année 1545. Sans moyen fiable de se repérer dans la nuit, il décida de camper sur le flanc du futur Cerro Rico et de faire un grand feu pour se protéger du froid. Au matin, Diego Huallpa découvrait que le foyer de son feu avait fait fondre de l’argent, qui semblait alors se trouver à même le sol.
Les Espagnols prennent rapidement possession du Cerro et fondent la ville de Potosí qui s’étend à son pied. A la sueur des indigènes soumis à la mita, une forme d’esclavage qui contraignait ceux-ci à des heures de travail épuisant et dangereux au fond des mines, Potosí s’est considérablement développée, atteignant à son apogée une population supérieure à celles de Paris, Londres ou de Séville à la même époque. Plus tard, ce sont des esclaves noirs acheminés d’Afrique qui remplaceront les indigènes, forcés à travailler malgré le manque d’adaptation aux conditions climatiques jusqu’à mourir d’épuisement au fond des tunnels du Cerro Rico. C’est d’ailleurs ce qui a poussé les Espagnols à les transférer à la Casa de la Moneda (Maison de la Monnaie), en plein centre de Potosí, pour y frapper les pièces coloniales.
En 1650, l’exploitation de l’argent du Cerro Rico atteint son pic et, après avoir connu sa grande période d’abondance, Potosí sombre dans son âge noir. Diminution des quantités de métal extraites de la montagne, déclin économique et épidémie de typhoïde ont provoqué la désertion quasi-totale de la ville, qui ne doit son salut qu’à l’exploitation de l’étain, matériau que l’on peut également trouver dans le Cerro. Aujourd’hui donc, les mines sont toujours ouvertes et exploitées par des coopératives de mineurs qui en tirent différents métaux, dont de l’argent, en plus d’être l’objet de visites touristiques.
Après avoir fait notre tour dans la mine, incroyable dédale de tunnels plongés dans l’obscurité la plus totale dans lequel on peut discuter avec les mineurs au détour d’une galerie et observer les parois parcourues de veines argentées à l’aide de nos lampes frontales, nous avons continué notre travail avec les organisations économiques paysannes dans le campo de Potosí, à l’air libre. Nous avons pu travailler avec des organisations de femmes productrices de vêtements artisanaux aux motifs uniques, emblèmes de la région de Potosí, ainsi qu’avec des producteurs d’api d’amidon, sorte de crème sucrée faite à base d’amidon, et qui se consomme au petit déjeuner. Les habitants de cette région sont très accueillants et nous avons eu grand plaisir à travailler avec les différentes organisations qui nous ont si bien accueillies ! Les paysages que nous avons pu observer étaient impressionnants par leur étendue et leur aspect grandiose : entre immenses plaines rocailleuses et désertiques et vallées verdoyantes parcourues de rivières au creux des montagnes, la région de Potosí a beaucoup à offrir aux amateurs de vastes paysages naturels !
Nous avons eu deux semaines pour découvrir Potosí et les villages de sa région via le travail que nous faisions avec les organisations économiques paysannes (OECAs) de ce Département. Nous repartons en direction de La Paz, pour mieux nous diriger vers le Département de Pando dans le nord, à la frontière du Brésil, en pleine Amazonie !