Imaginez tout ce qui peut rouler trotter ou galoper, et mélanger le tout sans souci du sens des voies; piétons au milieu de la route; vélos, rickshaws, tricycles, dromadaires, éléphants, camions, vaches, bus, voitures, motos, chèvres, ânes, chevaux avec carrioles ou non...
(Galerie de photos en pied d'article)
Imaginez une ville de trois millions d'habitants.
Paris, en plus grand.
Quand l'avion qui m'emportait en Inde a décollé, il y a deux mois, j'avais un Indien à côté de moi qui ne cessait de me répéter son enthousiasme pour la discipline des Français, notamment au volant.
Imaginez les grandes artères de Paris intra-muros, les maréchaux ou le périphérique sans aucune discipline et vous y serez.
Imaginez tout ce qui peut rouler trotter ou galoper, et mélanger le tout sans souci du sens des voies; piétons au milieu de la route; vélos, rickshaws, tricycles, dromadaires, éléphants, camions, vaches, bus, voitures, motos, chèvres, ânes, chevaux avec carrioles ou non.
Replacez cette armée de fous du volant sur les Champs Elysées, en remontant vers l'Etoile, mais sans souci des priorités ni du sens de la marche; et vous y serez.
Imaginez qu'à la sortie de l'Etoile ou du périph, il n'y ait qu'une seule issue
Une porte au travers de laquelle cette masse grouillante hurlante s'enfonce, au détriment du respect du plus petit, le piéton n'a aucun droit devant le vélo qui lui-même se rétracte devant la moto qui cède la pace, bien obligée à la voiture....
Imaginez ce flot énervé d'avoir piétiné dans les ruelles étroites du centre historique qui se déverse dans les artères qui ceinturent la vieille ville.
Comme un raz-de-marée qui ne se préoccupe pas des convenances et dévaste tout dans son sillage, chacun des véhicules reprend son cours naturel et va au plus direct quelque soit le sens de la voie.
Imaginez remonter l'autoroute a contre sens jusqu'à arriver à la bonne sortie que vous aviez manqué, c'est ici la façon de conduire.
Imaginez un trafic où seuls les klaxons font la loi, d'où la surenchère dans les tonalités, les volumes et la durée du timbre.
Imaginez que le seul moyen de vous faire entendre soit de crier plus fort que votre voisin et que si vous ne le faites pas, vous serez alors mal vu par les autres véhicules, car vous ne passerez pas et les ralentirez.
Imaginez que le klaxon de votre voiture, comme celui de vos voisins, réagit à chacune de vos pressions sur l'accélérateur, l'embrayage ou le frein et vous aurez une idée de l'ambiance sonore.
Imaginez les exclus de la société qui vivent sur le trottoir à hauteur des pots d'échappement, au milieu de cette cacophonie et qui ne semblent plus rien entendre.
Imaginez ces individus, indifférents à cette bourrasque de moteurs qui ne les concerne pas et font leurs affaires en fouillant les déchets à la recherche de ce que cette société de consommation aurait pu leur abandonner.
Imaginez ces enfants des rues, se baignant à un robinet qui fuit se séchant entre deux voitures, avant que de cavaler derrière chaque véhicule, aux feux rouges, dans l'espoir de récolter une roupie ou deux.
Imaginez l'improbable : une chèvre en T-shirt, le cheval du Prince Charmant attaché dans une ruelle, des vaches confortablement installées sur le terre-plein central séparant les voies, un cul de jatte actionnant son vélo à contresens, un éléphant au milieu de tout cela...
Vous êtes à JAIPUR, la ville rose.
JAIPUR la sublime pour qui se détache du flux et arrive à lever les yeux sur les façades enduites de rouge, sur les minarets perçant les cieux.
Mais je ne suis pas un pigeon et ne peux m'élever suffisamment au-dessus de cette marée.
Et j'ai beau scruter l'horizon de cette ville rose, je ne trouve guère de désert, de champs, de lacs qui me permettraient de m'évader.
Alors, je mets ma vache au parking longue durée et je vais re-boucler mon sac pour AGRA et le TAJ MAHAL.