Sandra et Aurélie font une halte à Guca en Serbie, pendant son festival de musique.
Guca… Ce nom ne vous dit peut-être rien –pas plus qu’à nous il y a un mois à peine– mais sachez qu’en Serbie tout le monde connait ce festival de trompettes. «Une institution depuis cinquante ans», «le plus grand du monde», «l’essence de la musique serbe», «le meilleur de la culture gitane» sont les qualificatifs que nous avions entendus avant le départ (une connaissance de France nous l’avait si bien vendu que nous avions prévu notre itinéraire pour y parvenir à temps).
Et puis, récemment, nos amis de Belgrade nous avaient quelques peu refroidies. D’aucuns allant même jusqu’à parler de Guca comme d’un avant-goût de l’enfer. Nous ne les écoutions que d’une oreille, bien sûr –excitées que nous étions de découvrir ce petit village vibrant aux airs de Goran Bregovic.
A l’arrivée, en lieu et place du fameux bourg de 5000 habitants à l’année, sont amassées 300 000 personnes. Si des fanfares gitanes animent effectivement les terrasses des restaurants, les disques de musique électronique des stands partenaires en font tout autant. Si des rondes de jeunes Serbes se forment un peu partout, elles doivent enjamber les corps de ceux qui cuvent leur rasade du jour. Si les cuivres nous donnent la chair de poule, les vuvuzelas vendus à la sauvette ont tôt fait de couvrir leur musique.
Bien sûr, on ne veut pas généraliser et tout assombrir ainsi. D’ailleurs, pendant deux jours, nous nous acharnons à regarder le bon côté des choses. Le soir, dans le grand stade, des orchestres du pays concourent devant un public de fans. Toutes les générations chantent et dansent ensemble sur ces rythmes virtuoses. On rit aussi, souvent, en échangeant trois mots de serbe. Certains tentent de nous apprendre le Kolo (danse traditionnelle). Nous sommes surprises de constater combien ces airs rassemblent même –et surtout– les jeunes. Les musiciens sont époustouflants, c’est indéniable.
Mais à la seconde où l’on quitte le stade pour le centre-ville, entre les cochons qui rôtissent et les torses qui dégoulinent, la nausée nous reprend.
Des types nous prennent par le cou ou par la taille (dans le meilleur des cas), soufflant au passage leur haleine chargée de Rakia.
Les rues sont tellement bondées qu’il nous faut près d’une demi-heure pour traverser l’artère principale et regagner notre chambre chez l’habitant –chambre dont, au passage, on avait oublié de nous préciser que le prix annoncé au téléphone était un prix «par personne» et non «par chambre». Nous sommes deux et pour deux jours, passe encore, mais nos voisins de palier, des "fanfarons" franco-serbes (cinq enfants et quatre adultes), ont droit au même tarif alors qu’ils sont entassés dans une seule pièce...
Evidemment les habitants profitent du festival dont ils subissent l’affluence cinq jours par an. Mais de là à facturer un matelas au prix d’un hôtel parisien…
On s’étonne à peine de voir les musiciens dormir à même le trottoir après les concerts –leurs frais n’étant pas pris en charge, ils vivent seulement de l’argent qu’on leur donne en échange de «prestations» (mini concerts privés aux tables des cafés). Ils partagent le bitume des ruelles les plus calmes (terme relatif ici) avec leurs instruments, entourés des cadavres de bouteilles et des presque-cadavres de ceux qui les ont descendues…
Après quarante-huit heures et malgré quelques jolies rencontres, nous décidons d’écourter notre escale au réveil. Dans le jardin de la maison familiale où nous logeons, alors que d’autres «invités» sont attablés devant le petit-déjeuner, nous demandons s’il est possible de manger quelque chose. «Bien sûr, c’est 12 euros». Pour ce pays où l’hospitalité semble inscrite dans les gênes, c’est un comble… Mais tout se vend ici. Le moindre mètre carré habitable est loué. La famille franco-serbe finit par nous inviter à sa table (ces passionnés de culture gitane ont été la lumière de notre séjour) et nous repartons sur la route, plus tôt que nous ne l’avons jamais fait.
Il y a quelques dizaines d’années, Guca était, semble-t-il, un festival de musique.
Les Ptites Poucettes : précédent article
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Pour en savoir plus sur Sandra, le portrait de Der que lui avait consacré Libération en février.


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Commentaires
gaet
10H43 25 AOUT 2013
le pire à Guca, c'est qu'elle est un reflet assez douloureux du racisme en serbie contre les tziganes...
les tziganes sont omniprésents, mais on leur interdit de jouer devant certains cafés et restau, on peut être très régulièrement face à des scènes de violences vis à vis de tziganes , etc..
sans parler de la virulence des nationalistes serbes.