Les Gaulois n’avaient peur que d’une chose : que le ciel leur tombe sur la tête. A défaut d’ovni, c’est un étrange cylindre qui s’est posé dans la plaine bourguignonne, au pied du village d’Alise-Sainte-Reine, en Côte-d’Or. Le centre d’interprétation du MuséoParc Alésia a été inauguré en mars et devrait accueillir cet été son 100 000e visiteur. Avec son jumeau à bâtir - un musée à 2 kilomètres de là, au pied de l’oppidum -, l’ensemble architectural réalisé par le Suisse Bernard Tschumi aura réussi un beau pari : faire revivre une bataille où s’affrontèrent pendant deux mois près de 300 000 hommes sur un lieu où l’on ne voit rien.
Piton rocheux. «Au début d’un projet, les architectes sont toujours ceux qui en savent le moins, sourit Bernard Tschumi. Alors, on ressort son vieux De Bello Gallico [la Guerre des Gaules, de Jules César, ndlr], et on reprend tout depuis le début…» Le début, c’est il y a un peu plus de dix ans, une commande du conseil général de Côte-d’Or pour la création d’un lieu culturel destiné au public sur l’immense site de la bataille d’Alésia. Des centaines d’hectares de prairies et de bocages entourant une ancienne ville fortifiée située sur un piton rocheux. Le futur MuséoParc doit accueillir des collections permanentes consacrées au siège, rétablir quelques vérités historiques malmenées par la légende (lire ci-contre), des salles de réunion, un musée relié aux vestiges de la ville gallo-romaine qui s’est ensuite édifiée sur le site et des espaces pour les chercheurs… «Il y avait plein de choses et il n’y avait rien… Nous avions carte blanche, mais sous la surveillance permanente des chercheurs…»
Très vite s’est imposée l’idée de séparer les deux pôles. L’un dans la plaine (le centre d’interprétation), l’autre au pied de la colline (le musée dont les travaux débuteront début 2013). «Et tout s’est organisé à partir de cette dualité. L’opposition plaine-César, oppidum-Vercingétorix. Le choix des matériaux : bois et verdure pour rappeler les palissades et les fortifications romaines, pierres pour la forteresse des Gaulois. Et puis il y a la rotondité, que l’on retrouvait partout…»
De fait, l’idée de circuit et de boucle pour les visiteurs (allant du centre au musée en passant par les ruines gallo-romaines, les reconstitutions extérieures et la monumentale statue de Vercingétorix érigée en 1865 à l’initiative de Napoléon III) faisait écho à l’encerclement de la forteresse par les légions de César. Le site lui-même, avec son cirque de collines entourant l’oppidum, a également une forme ovoïde. «Donc s’est imposée cette évidence : le bâtiment devait être circulaire, conclut Bernard Tschumi. Comme un bouclier.»
Utiliser l’environnement pour y intégrer ses réalisations n’est pas une nouveauté pour l’architecte, créateur d’un superbe musée de l’Acropole au pied du Parthénon. «Là, il fallait gérer le trop-plein. La ville et les ruines, les statues et les bâtiments. Un agencement minéral et architectural omniprésent.» Une même démarche et des résultats opposés : alors qu’Alésia n’est que courbes discrètes, résille de bois et haies vives, le bâtiment grec, traversé par des colonnes, est un empilement de cubes de béton et de verre reflétant le bleu éternel du ciel méditerranéen.
Mur gaulois. Pour l’heure, à Alésia, c’est sous une pluie fine que l’on pénètre dans le centre d’interprétation. A l’intérieur du bâtiment, les espaces prennent place autour d’un vaste hall central entouré d’escaliers circulaires en pente douce. Le béton lissé évoque le marbre antique, des poteaux penchés supportent l’auditorium. Au premier étage, les expositions débutent avec de colossales statues contemporaines représentant un corps de combattants gaulois et romains en plein combat. Suivent des espaces scénographiés retraçant à l’aide de cartes les différentes campagnes de César. Puis, bornes interactives, fac-similés, objets exhumés lors des fouilles et film relatent la première grande bataille de la «nation» gauloise.
«Il ne fallait pas faire Astérix. C’est un lieu d’histoire. Un lieu de recherche», confirme-t-on au centre d’interprétation. Et même si à l’extérieur, la reconstitution de tours et palissades sent un peu Disneyland, et que sous les yeux des visiteurs, cinq figurants-légionnaires s’épuisent à grands coups de pilum dans le sternum, le MuséoParc n’a pas vocation à devenir un parc d’attractions. «Pas de spectacle pyrotechnique ni de tableaux vivants version Puy du Fou», précisent encore les responsables du projet. Qui insistent sur le sérieux des expositions présentées par des professionnels passionnés. Telle Karine Marchadour, à la tête du service animation et archéologue de formation, qui s’enthousiasme des fouilles en cours : «Trouver le rempart gaulois dont parle César [livre VII, chapitre 23 de la Guerre des Gaules] était un moment magique et pourtant ce n’était qu’un tas de cailloux…» Et comment distingue-t-on un mur gaulois d’un tas de cailloux tout bête ? «Le murus gallicus est composé de moellons et de poutres assujetties par de longues fiches en fer forgé, poursuit la jeune femme. César les décrit très bien. Le bois a bien sûr disparu depuis longtemps, mais nous avons retrouvé ces pièces en fer…»
Des «murs gaulois» qui seront la base du futur musée, un chantier dont Bernard Tschumi attend maintenant le démarrage avec impatience. Alors, la boucle sera bouclée.
Lire aussi:
Bataille duraille pour Jules César
Le site du MuséoParc
Commentaires
Nikita
21H53 01 SEPTEMBRE 2012
Bien que passionnée d'Histoire, je ne sais pas si au temps de Jules César les personnes handicapées se déplaçaient en chariot, tel BEN HUR; mais moi qui suis paraplégique, ça me plairait assez de pouvoir visiter le futur site d'Alésia en chaise roulante. Merci Bernard Tschumi!
Visiteur
22H24 30 AOUT 2012
Depuis même avant Napoléon III on n' a pas arrêté de trouver des preuves pour confirmer que le siègè d'Alésia a eu lieu sur et autour du Mont Auxois.
Mais au fond, cela importerait peu s'il n'y avait pas de la connerie regionaliste et de l'argent en jeu.
Le fait est que tous les archéologues sėrieux sont d'accord pour non seulement penser, mais affirmer que le siège a bien eu lieu à Alise-Sainte-Reine.
Visiteur des gaules
20H09 30 AOUT 2012
Segetem ne defrudes ...
Le Muséo Parc tablait sur 150 000 visiteusr par an , si dès la première année il n'est qu'au 2/3 de ce qui était attendu , on risque fort d'ici un an ou deux d'en être à peine au 1/3 ...
et Alésia rique d'être une nouvelle défaite spectaculaire quand au bout de 5 ans , il n'y aura pas même au 300 000 visiteurs ( scolaires inclus) cad le nombres de combattants sensés avoir livré bataille ici ...
Une défaite retentissante en, Bourggogne !
Peut-être la seule véritable défaite en ces lieux ( qui ne vierent peut-être jamais César ) car la petite Syam jurassienne n'a pas dit son dernier mot, loin s'en faut ..
Autant dire finalement, qu'il faudrait hâter les travaux de la seconde tranche avant de se rendre compte que cela servira à personne, si ce n'est aux élèves que l'on forcera à venir tous les ans à Alésia, histoire de faire du "chiffre" et de vendre qqs statuettes de César et ses légionnaires !
S'il faut semaer sans compter, encore ne faut-il pas faire dans le désert .
Nul gain n'est plus sûr que celui que procure l'économie : Voilà sans doute une parole que le conseil général de Côte d'Or devra dans un proche avenir méditer !
Visiteur
15H59 30 AOUT 2012
veni, vidi, vici !!
je suis allé à Alise-sainte-reine.
je n'ai pas vu Alésia :
chaque coup de pelle sur l'emplacement (plus de 200000 soldats) aurait du produire des preuves réelles et rien n'a été trouvé depuis Napoléon III !!
dans chaque fouille réalisée en France dans la moindre localité, on trouve quelque chose et là rien!!