Départ pour une aventure, avec toujours cette petite appréhension de l'inconnu; qu'est ce qui m'attend de l'autre coté de cet océan que je survole? Un continent, un département, un bateau, une équipe... Suite des témoignages des jeunes embarqués à bord de la goélette du capitaine Franceschi.
Lundi 15 Février
Départ à 12h40 de l'aéroport d'Orly sud, un sac à dos pour deux semaines à bord de La Boudeuse. Nous sommes quatre "jeunes" à avoir été sélectionné par la BNP, d'horizons très variés: Jeremy Gallemard, actuellement en école de multimédia-web (HETIC), membre de la Junior-Entreprise Synerg’heTiC; Chloé Zambeaux, déléguée général du REFEDD (Réseau français des étudiants pour le développement durable, dont sciences-po environnement fait partie); et Marie Boudet de l'école de géologie de Nancy.
Départ pour une aventure, avec toujours cette petite appréhension de l'inconnu; qu'est ce qui m'attend de l'autre coté de cet océan que je survole? Un continent, un département, un bateau, une équipe... Tant d'éléments sur lesquels je ne peux m'empêcher de créer une image, des personnages et des situations. Certainement est-ce pour me rassurer, car cette appréhension je la sens, mais je ne saurais la dissocier d'une certaine excitation. Ce sentiment ambivalent et bien souvent étrange car inhabituel, c'est celui même de la découverte. Ce même sentiment qui anime l'homme à toujours pousser plus loin la roue que nos ancêtres ont, en leur temps animée, celle de la connaissance, de l'exploration.
En attendant de poser le pied sur ce trois-mâts, je laisse mes pensées s'accrocher à ces quelques créations de mon imaginaire pour m'évader dans cet océan de nuages et cette immensité bleue à travers le hublot...
Mardi 16 Février
Arrivé hier soir très tard sur La Boudeuse qui nous attendait au port de Cayenne; nous n’avons eu qu’un rapide aperçu de l’équipage et du navire que nous sommes déjà dans le «bain»: nuit sur le pont dans des hamacs militaires en dépit des éléments hostiles à notre repos (pluie, vents, entre autres). Dès le matin nous sommes mis à contribution alors que nous nous dirigeons vers « l’îlet du Père » à quelques encablures de Cayenne. Nous sommes familiarisés avec les us et coutumes du navire par le second lieutenant et très vite il nous faut nous adapter. C’est là une véritable leçon: quelque soit le milieu, que ce soit un trois-mâts, l’océan ou la jungle, rien n’y est fait pour nous, tout y est pensé, produit et mu par l’homme. C’est un véritable combat de chaque instant, une lutte sans fin et sans espoir, qui doit être menée pour que toujours «elle» avance: La Boudeuse, l’Aventure, la Vie. Ceci est loin d’être aisé, nos organismes supportent mal ce changement radical de milieu et le mot combat prend tout son sens lorsque l’on affronte ses propres sens, la houle n’aidant pas...
La journée passe et les scientifiques rentrent de l’îlet sur lequel ils étaient allés travailler; je fais connaissance avec quelques uns d’entre eux: Bruno Bordenave, le biologiste; Adeline Perkins, l’entomologiste. On a toujours une première impression sur les personnes que l’on rencontre, souvent erronée; pourtant, je pense que ce jour j’ai rencontré des personnes simples, souriantes et passionnées.
Mercredi 17 Février
Troisième journée à bord qui commence; peu à peu je prend mes repères, je pose des marques, c’est la seule manière que je connaisse pour m’adapter au plus vite. Cela n’est pas toujours facile, le sentiment de ne pas avoir sa place ici revient régulièrement, on se pose des questions: suis-je utile ici? Est-ce que je gène? Est-ce vraiment à moi d’être là, parmi ces gens hors du commun, qui ont déjà fait plusieurs fois le tour de la terre et des mers, bardés de diplômes et préoccupés par des objets dont je ne saurais reconnaître le nom ou la forme? Mais ce tourbillon de l’esprit n’est qu’une torture, qui me permet cependant d’essayer de me faire le plus utile en apportant mes bras, mes jambes et mon énergie afin que la mission suive son cours, même si je me sens petit comme une souris à côté de ces personnages qui m’impressionnent.
Après l’exploration des îles environnantes, les prélèvements, les relevés de la biodiversité végétale et entomologique, les bivouacs; la vie à bord de La Boudeuse suit son cours, rythmé par les quarts où l’on doit veiller sur le bateau, prêter attention au bon fonctionnement des instruments et des appareils. Le mien est de minuit à quatre heures du matin, horaire calme où l’on est sans cesse ébloui par le splendide spectacle qu’offre le ciel parsemé de milliers d’étoiles. Horaire solitaire qui permet de rêver, mais également de faire le bilan de ces journées chargée en actions, en émotions et en réflexions.
Jeudi 18 Février
Quelques jours, quelques petites journées et pourtant je ne sais plus quel jours ni quel mois nous pouvons être si il n’y avait ce journal à écrire... Preuve d’éloignement? Non, jamais je ne me suis sentis aussi près des enjeux majeurs de notre société que sur La Boudeuse, au milieu de ces scientifiques et marins qui chaque jour travaillent, relèvent, notent, classifient, sans jamais voir le bout de ce qu’ils ont entrepris; ils ne peuvent qu’émettre de précaires hypothèses. Comme s'il y avait là une métaphore de la vie humaine en société, qui chaque jours est un renouvellement sans fin d’efforts pour concilier, construire et avancer dans un cadre qui me parait toujours si fragile.
La perte des repères conventionnels de notre société n’est-elle pas une sorte de lâcher prise? Le besoin, l’envie, la tentation d’échapper à une vie qui me paraît bien souvent inexorable, contraignante, vide de tout sens comme les secondes, les minutes et les heures qui s’égrainent sans fin, est parfois réellement là, quelque part dans ma tête. Cependant ce sens, ici, est sans équivoque: la vie est un sens à elle seule. Sur « l’îlet de la Mère » sur lequel nous avons posé le pied, la pelle, le filet et le sécateur, nous avons été confronté à un environnement maintes fois bouleversé par l’homme: premier lieu du bagne en Guyane il fut déserté suite à une sévère épidémie de fièvre jaune, puis ce fut une grande ferme et enfin un terrain d’expérience sur des petits singes pour l’institut Pasteur; toutes ces phases ont apporté une nouvelle faune et une nouvelle végétation de manière successive; pourtant c’est un milieu riche, composé d’une multitude d’espèces différentes. Cette vie jaillissante, vivace, et vorace n’est jamais détruite, elle n’est que renouvelée... le temps: ces mois, années et siècles qui s’écoulent, sont, comme depuis toujours, le terreau fertile de cette régénération perpétuelle et créatrice. Dans un monde qui vit au décompte des secondes, la vie asphyxie, privée de son terreau nourricier.
NB: Les images ont été réalisées lors de l'expédition, mais les personnes photographiées ne sont pas forcément celles citées dans l'article.
Commentaires
Rotsaka
09H58 11 MARS 2010
Réponse à Couac (pour info : couac c est pour pan sur le bec la semoule de manioc en Guyane ?) :
Désolé couac, de ne pas faire partie du troupeau bêlant qui s'enthousiasme pour cette aventure en boîte, marketée à mort (ah, le t shirt jean paul gautier pour bien faire comprendre qu on est des marins, suremment deja en vente ?), sponsorisée à fond (BNP, Total, Veolia etc etc... y en a 15 comme ca), tout cela dans le cadre du Grenelle de l'Environnement.
L'aventure et la science ont besoin d argent et d exposition c est certain, mais la trop c est trop. On se croirait la semaine d avant la sortie d'Asterix aux Jeux Olympiques, toutes proportions gardées bien entendu.
Certainement on sera assez peu de "grincheux" car la machine mediatique est en branle et le rouleau compresseur La Boudeuse risque bien de tout ecraser sur son passage.
Alors une petite petite criticounette ne devrait quand meme pas trop ecorner le joli plan marketing qui sous tend tout cela. Vous croyez pas ?
Les articles (...) vous plaisent, grand bien vous fasse. (...)
Bref jaloux, suremment pas, mon aventure, je la vis, depuis des années sur tous les continents, sans BNP, sant Total, ni France 2 ou Libe (et sans t shirt rayé, ca me boudine...).
(...)
Wam
19H25 10 MARS 2010
Une expérience fort intéressante, ça fait à la fois réfléchir et s'évader... tout comme la photo, qui donne envie d'en connaître, de charmants moussaillons comme ça!