Avec sa nature indomptée, ses pics enneigés, sa culture amérindienne et son charme british, l’île de Vancouver – 497 km de long – est une mosaïque. A l’image du Canada.
Certaines villes ont un nom qui évoque à lui seul le voyage. Comme Valparaiso ou Rio, Vancouver est de celles-là. Si tout le monde a entendu parler d’elle, on connaît moins l’île du même nom qui lui fait face et la coupe des rigueurs de la pleine mer. Car il ne faut pas confondre : l’île de Vancouver ce n’est pas Ouessant ou Molène. C’est 451 kilomètres de long sur 97 de large, en terme d’échelle plutôt la Grande-Bretagne que les îles de notre petite Bretagne. C’est même à sa pointe sud qu’est allée s’installer la capitale de la province canadienne de Colombie-Britannique, Victoria, un port au charme anglais de près de 80 000 habitants.
Dès que l’on quitte Vancouver, par hydravion, du plein centre-ville, on comprend qu’on vient d’entrer dans une nouvelle dimension, celle de l’immensité. A peine passée la première et sans doute l’unique petite déception – celle du soleil levant qui rougeoie et qui n’est malheureusement qu’un phénomène dû aux particules de pollution flottant au-dessus de la plus grande ville de l’ouest canadien –, arrive l’heure du ravissement. Un chapelet d’îles s’égrène dans le Pacifique ; les unes montagneuses, les autres plates, presque submergées. Des premières jaillissent des cascades qui se jettent dans la mer. Sur les secondes, çà et là, se dressent des phares, blancs surmontés d’une tourelle rouge.
La tribu K’omoks
De tous côtés, où que se tournent nos yeux, des barrières de montagnes impressionnantes. A droite, sur le continent, la chaîne côtière avec le mont Whistler, où se tiendront en février 2010 les compétitions de ski des Jeux olympiques d’hiver ; à gauche, sur l’île de Vancouver, le mont Washington, où s’entraînera prochainement l’équipe olympique française de ski nordique. En bas sur la côte, le climat est déjà printanier en cette fin de février. En haut, sur les cimes, les plaisirs de la neige et le froid de l’hiver s’imposent encore.
A peine une demi-heure plus tard, l’hydravion se pose face à la ville de Comox qu’il a survolée, dévoilant un gros bourg à l’américaine avec ses maisons individuelles et ses larges rues, ainsi que ses grandes surfaces aux parkings surdimensionnés. Comox est situé sur la côte est, à mi-chemin entre le nord et le sud, là où la mer est d’huile. A l’opposé, sur la côte ouest, face au Pacifique, se trouvent des plages éventées qui sont devenues le paradis des surfeurs. Comox a emprunté son nom à celui d’une tribu amérindienne, K’omoks, qui signifie «terre d’abondance». Ce peuple a été pratiquement exterminé au XIXe siècle par la variole. A l’instar d’Andy Emerson, le fils du chef, qui a l’insigne honneur de se servir du tambour légué par ses ancêtres, les survivants de la tribu essaient de faire revivre les anciennes traditions. Malheureusement, leurs tentatives se réduisent souvent à un folklore ethnico-commercial, à l’image de la galerie marchande qu’ils animent. Ce n’est que récemment que la petite communauté s’est tournée vers l’aquaculture, le bois et le tourisme.
Les Premières Nations (ou Peuples premiers) ne sont pas les seules minorités de l’île. Un groupe de francophones défend ses propres couleurs. «Savez-vous qu’au XIXe siècle, la communauté francophone venue en traversant les Rocheuses était la première communauté de Colombie-Britannique» lance Lucille Riedle, présidente de l’association des francophones de la vallée de Comox. Un édile municipal rappelle que les premières populations étaient des sociétés de trappeurs l’une anglophone, l’autre francophone. La ruée vers l’or puis la création du chemin de fer ont définitivement donné une large majorité à la population anglophone de cette province qui n’a rejoint le Canada qu’en 1871, à la condition expresse que le pouvoir fédéral construise une voie ferrée traversant le pays de l’Atlantique au Pacifique.
L’huître Kusshi
On quitte la ville. La route suit la côte et ses clairières verdoyantes. La mer attire pêcheurs au saumon du dimanche et plaisanciers. Les touristes viennent observer les baleines au printemps et en été. Mais la mer est aussi source de vie : économique, celle-là. Dans les baies tranquilles de la côte est, se nichent des parcs à huîtres qui se disent dignes de rivaliser avec ceux du bassin d’Arcachon. Les ostréiculteurs de Stellar Bay Shellfish font visiter leur entreprise. En bateau en aluminium à fond plat, on atteint la nurserie puis les parcs en eau profonde où il faut des mois pour amener le coquillage à maturité. L’eau froide, assurent-ils, réussit à merveille à cette variété venue du Japon baptisée Kusshi, une huître à la forme profondément creusée. Le seul ennemi de ses parcs s’appelle l’otarie géante qui vient en bancs grignoter les cages de bois où grandissent les huîtres. Les nouveaux exploitants mettent leur point d’honneur à donner à l’huître ses lettres de noblesse. Avant de découvrir les cuisines du monde, les Canadiens ne voyaient en l’huître, toujours de belle dimension, qu’un mollusque juste bon à cuire ou à avaler avec une bière. Ils découvrent aujourd’hui sa finesse : la Kusshi, que l’on déguste sur le bateau, est de taille moyenne, très pleine et d’un goût intense. Elle n’est qu’une parmi les dizaines de sortes qu’on élève dans la région de Vancouver. En ville, à Vancouver, un restaurant, le Blue Water Café, présente sur sa carte pas moins de dix-huit variétés d’huîtres, dont douze de la région. Chacune d’elles est accompagnée d’une courte description comme on le fait des vins ou des parfums. La Kusshi par exemple est dite «creusée et douce», la Pacific Orchard (Verger du Pacifique) «tendre et sucrée», tandis que la Fanny Bay se distingue «par un goût légèrement métallisé».
La marmotte Mukmuk
L’intermède gastronomique achevé, il ne faudra pas plus d’une demi-heure de route pour être complètement dépaysé. Après la mer d’huile et la campagne policée où se nichent terrains de golf et petites auberges, voici venir la neige. On la voit rarement sur la côte, sauf cette année où elle a surpris les locaux par son abondance. Dès qu’on monte, elle se fait reine. A 1 590 mètres d’altitude surgit le mont Washington et ses pistes de ski qui, l’été, servent aux mordus du VTT. Les défenseurs de la station (juchée à 1 083 mètres d’altitude), enneigée jusqu’en avril, ont fait tous leurs efforts pour qu’elle entre dans le programme de préparation pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2010. Ils se sont aussi battus pour avoir leur propre mascotte, une marmotte nommée Mukmuk, animal local en voie de disparition car décimé par les prédateurs (loups, couguars et aigles).
Alors qu’il ne resterait qu’une trentaine de ces rongeurs nés dans la nature, un petit nombre d’enthousiastes a décidé de les protéger en les élevant et en les réintroduisant dans leur habitat naturel.En février, le mont Washington se pare aux couleurs de la Belle Province. C’est en effet ici que les francophones du cru recréent l’atmosphère du Québec en y montant une cabane à sucre à l’occasion du festival de l’Erable. L’usage est de verser du sirop sur un plateau de neige et de l’enrouler, durci, autour d’un bâton jusqu’à former une boule que l’on déguste en sucette. L’érable, dont la feuille orne le drapeau canadien et qui, de l’Atlantique au Pacifique, fédère toutes les communautés du pays.
Y aller
Il n’y a pas de ligne directe entre Paris et Vancouver. Air Canada passe par Montréal ou Toronto (compter 1 100 euros). Avec United par Chicago, compter 860 euros. Pour rejoindre l’île de Vancouver par hydravion : West Coast Air, où un aller simple pour Comox coûte 149 dollars canadiens (le dollar canadien vaut 0,60 euro).
Pour Victoria : 134 dollars canadiens.
Par ferry : BC Ferries propose plusieurs itinéraires :
-Vancouver-Victoria (13 dollars et 45 pour véhicule).
- Vancouver-Namaimo (même conditions).
- La liaison Comox-Powell (une petite ville au nord de Vancouver) coûte 12 dollars et 37,50 pour le véhicule (aller simple).
Y dormir
Vancouver offre de nombreux hôtels. Le prix d’une nuit avec petit déjeuner oscille de 75 à 150 dollars la nuit. Nombreux gîtes et chambres d’hôtes sur l’île de Vancouver.
Où manger
A Vancouver :
- fruits de mer au Blue Water Café (Hamilton street),
- cuisine asiatique chez Hapa izakaya (Robson street),
- japonais : Shanghai River (Westminster Hwy, Richmond),
- cuisine française : Lumière (West Broadway).
Visiter
Ne pas manquer le musée maritime, la galerie Bill Reid des Arts premiers, le parc Stanley, l’aquarium, le jardin chinois Sun Yat-Sen.
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