Accompagnant une expédition dirigée par Paulo Grobel, le guide chamoniard François Damilano est parti filmer l'ascension d'un 8000 mètres au Népal. Une aventure qu'il chronique, chaque semaine pour Libévoyage, depuis les pentes de l'Himalaya, grâce à un téléphone satellitaire. Deuxième épisode.
Katmandou, lundi 20 avril

Il fait très chaud aujourd’hui à Katmandou, le ciel est brouillé comme d’habitude par la pollution. Hier, avec Paulo, nous avons retrouvé ses huit clients, plutôt «fracassés» par toute la gestion du départ et assaillis par la réalité de l'Orient.
Aujourd'hui (lundi), pour cette dernière journée avant d’entamer le trek, l’objectif est qu’ils se reposent, qu'ils lâchent prise et se recentrent sur l'objectif –le Manaslu– qui, en France, malgré toute la préparation, restait encore virtuel.
Nous partons très tôt demain matin de Katmandou pour éviter les embouteillages à la sortie de la capitale népalaise. Une journée de car pour aller rejoindre le sentier des Annapurnas sur lequel démarre notre trek.
Nos sacs ne seront pas très lourds. L'essentiel de notre matériel est en effet acheminé par une équipe de 75 porteurs qui eux sont partis dès ce matin mais dans le sens inverse du nôtre. Ils empruntent le sens normal du tour du Manaslu et nous les retrouverons dans dix jours, dans un village, à une journée de marche du camp de base.
Ce n'est pas évident de trier et de répartir ses affaires ainsi, mais c'est la progression douce, la méthode que nous expérimentons avec Paulo, qui l'impose. L'objectif est d'arriver au camp de base déjà acclimatés par ces journées de marche en altitude. Nous devons notamment franchir un col à 5100 mètres d'altitude (Larkya Pass) sur le tour du Manaslu. Et notre philosophie, c'est de grimper sans moyens artificiels, ni oxygène ni médicaments, mais au contraire en se donnant tous les moyens d'optimiser l'acclimatation.
J'ai appris qu'il avait beaucoup neigé il y a dix jours sur le Manaslu et que les expéditions qui étaient déjà là-bas ont dû rebrousser chemin. Je prends cela comme une confirmation que nous avons choisi le bon timing et qu'il vaut mieux ne pas arriver trop tôt en avril sur la montagne. Souvent les expéditions fantasment sur la mousson et préfèrent partir tôt pour ne pas se confronter aux pluies au retour. Mais en fait, les relevés météo dont on dispose pour les années précédentes montrent qu'il y a généralement d'excellentes fenêtres en mai. Nous devrions parvenir au camp de base le 3 mai et nous n'y resterons que deux jours.
L’hôtel où les clients ont dormi se trouve dans le quartier de Bodnath, face au gigantesque stupa, l'un des plus grands au monde, un lieu saint pour les bouddhistes. C'est un quartier très pittoresque mais calme. C’est sur le toit de l’hôtel que nous avons organisé une réunion ce matin. Les huit clients, les quatre jeunes grimpeurs népalais qui vont nous accompagner si possible jusqu’au sommet, Paulo et moi. Je me suis interdit d'intervenir durant la réunion, la caméra m'aide à ne pas prendre la parole et je trouve peu à peu ma place de «témoin privilégie» dans le groupe. Malgré quelques « rechutes » où le guide en moi reprend le dessus !
Chacun s’est présenté, a décliné son identité de «grimpeur». Ce qui m’a étonné c’est que sur huit clients, quatre ont des «projets parallèles»: réaliser un travail photographique, un film, un documentaire sur l’himalayisme, des chroniques quotidiennes pour un site web... Du coup, ils étaient tous très préoccupés par la connectique, les batteries, les adaptateurs... et parfois peu attentifs !
Paulo a rappelé que toute l’énergie et l’attention que nous ne mettrons pas à poser un pied devant l’autre, forment autant d'«ancres flottantes» qui risquent de nous empêcher de monter sur la montagne.
Ce qui m'a frappé aussi, c'est à quel point l'attrait du sommet reste capital, prédominant pour toute alpiniste. Par exemple, les quatre grimpeurs népalais. Ils se destinent à devenir guides et leur travail sur l'expédition consistera, comme celui de Paulo, à aider les clients à parvenir au sommet. Cette expédition est pour ces garçons qui ont entre 20 et 30 ans et avec lesquels Paulo travaille depuis 2002, une occasion extraordinaire. D'abord de gagner beaucoup d'argent: 500 roupies par jour durant les 40 jours de l’expédition (le salaire moyen d’un fonctionnaire au Népal est de 5000 roupies par mois), et un bonus de 80000 roupies pour le sommet. Mais aussi d’acquérir une expérience importante en montagne sur un 8000 mètres et d’assurer ainsi leur avenir professionnel de guide. Mais il était évident hier qu'eux aussi étaient mus par l'attrait du sommet.
Recueilli par E.Pa
Lien photo http://www.flickr.com/photos/photolib/2949800508/sizes/o/
La précédente chronique: Bonne année de Katmandou.
Le point sur l'expédition.
Plus d'information sur le Manaslu (8156 m) sur le site de Paulo Grobel.
Le trajet de l'expédition sur le site de deux membres de l'expé, Florent Valleise et Philippe Mahou.
Commentaires
fantomas
10H13 23 AVRIL 2009
quand la montagne devient un terrain de jeu pour l'homme blanc et un moyen de guérir son mal-être, remplir ce vide que d'autres, par tous les moyens, cherchent à atteindre...
violer les lieux sacrés d'autres, ça c'est vraiment vulgaire
ego, ego, quand tu nous tiens...
Marc Bizet
08H58 23 AVRIL 2009
Dur!Dur! les commentaires.
Les blogs sont souvent des défouloires qui n'engagent pas vraiment ceux qui les écrivent. La preuve,ils se présentent très souvent sous un pseudonyme, donc anonyme. C'est plus confortable que de dialoguer sous sa véritable identité. Je vous conseille de faire un saut sur le site de www.bibiweb.ch.
Suite à l'article de François Damilano sur Libévoyages, il y a un véritable échange entre les différents participants de cette expé sur la technique et leur philosophie de la montagne.
Visiteur
08H46 22 AVRIL 2009
J'ai eu la malchance de faire une expédition avec le pseudo guide Paulo Grobel. Ses clients sont secondaires à part l'argent qu'ils lui apportent pour réaliser ses projets perso.
Il réussi à se facher avec quasi tout ceux qu'il fréquente (agences népalaises - blacklisté chez Thamserku- , douaniers/policiers, clients...). Un cas d'école pour un bon psy.
PaulDe
19H56 21 AVRIL 2009
François, redescends.
ramasses au passage quelques uns des déchets laissés par tes collègues.
Puis fermes tes yeux et essaies, au niveau de la mer, de te poser les bonnes questions relativement à ta vie.
Toutes ces roupies donnes les sans contreparties aux veuves et enfants des guides népalais dont les maris sont morts en aidant à remplir de souvenirs le vide de l'égocentrisme de quelques nantis.
Désolé si je suis méchant, mais par vos blogs, photos, reportages et livres vous sollicitez les applaudissements, soupirs admiratifs et autres confirmations qu'il se passe quelque chose d'exceptionnel dans votre vie qui donc rétrospectivement valait la peine d'être vécue..
Loin du silence hypocrite je te le dis: cesses de fuir
Sois courageux et humblement redescends.
(et changes de fréquentations)