De Katmandou, lundi 15 avril

«Bonne année», c’est ainsi qu’a commencé ce nouveau voyage au Népal. Dimanche 14 avril, jour de mon arrivée à Katmandou, était aussi le premier jour de l’an 2066 pour les Népalais. Ils se réfèrent à leur calendrier qui débute en 57 avant J-C, à partir du règne du souverain hindou Bikram Sambat, et comporte douze mois. Un calendrier que le gouvernement maoïste, en place depuis un an, entend modifier pour passer à un système sur onze mois. Cela a provoqué une levée de boucliers au Népal, on en parle beaucoup à Katmandou. Cette réforme semble en fait cristalliser le mécontentement accumulé contre le nouveau gouvernement.
A Katmandou, les gens se plaignent beaucoup en ce moment des longues coupures d'électricité qui perturbent leur vie quotidienne et surtout le «business», alors que vient de débuter la saison des treks. Ils ont l'impression qu'on leur demande sans cesse de nouveaux efforts pour relever leur pays. Hier, une femme me disait: «comment faire des efforts quand j'ai le ventre vide?»
Ces coupures d'électricité s'expliquent notamment par d'énormes inondations qui ont endommagé les turbines des microcentrales hydroélectriques. Elles n'ont pas été réparées depuis, et beaucoup de retenues d'eau ne se sont pas remplies. Mais aussi, d'après ce que disent les Népalais, à cause du contrat qui lie le Népal à l'Inde pour la vente d'électricité: même en ce moment, le pays continue à fournir son grand voisin et doit lui racheter ensuite de l'électricité !
Avec Paulo qui arrive demain d'un 7000 dans la chaîne himalayenne, nous retrouverons les clients dimanche à Katmandou. Mais ce que j'ai appris en arrivant ici, c'est que les difficultés pour obtenir un permis d'ascension au Tibet sont telles que plusieurs expéditions qui visaient par exemple le Cho Oyu ou le Shishapangma ont décidé de se « rabattre » sur le Manaslu. Avec Paulo, nous avions choisi ce sommet justement parce qu'il était peu fréquenté, on n'aime pas trop les foules des camps de base. Mais, en fait, il y aura une quinzaine d'expés en même temps, on ne va pas du tout se retrouver sur une montagne déserte !
Ceci dit, cela ne change rien pour nous, puisque avec la progression douce, on reste peu de temps au camp de base et nos déplacements lents et courts nous mettent à l'écart du rythme des autres expés. Mais eux risquent de nous regarder comme des martiens !
Recueilli par E.Pa