Presque 500 pages pour escalader les sommets du monde, tutoyer la mort, avant de s’esbaudir aux exploits de Chris Bonington. Aux non-initiés, précisons que dans le milieu des grimpeurs, et notamment chez les Britanniques, Chris Bonington est une icône vivante. Et il grimpe encore ! Témoin, cette vidéo postée sur YouTube qui le montre, à 76 ans, en train de gravir, en janvier dernier, la cascade de glace de Lillaz, à Cogne, près de Chamonix.
Mais revenons au livre. Ce sont ses mémoires. Y défilent trente-cinq ans d’escalade, depuis son premier shoot, à 17 ans, quand il s’entête à escalader dans la neige l’arrête effilée du Crib Goch (923 mètres) au Pays de Galles, chaussé de godillots et vêtu de son imperméable de lycéen, jusqu’à une dernière expédition à l’Everest, en 1985, enrôlé par des Norvégiens.
Bonington enfile ses chapitres comme il a construit ses expéditions : avec méthode (il ne nous épargne aucune finesse d’escalade) et un grand sens de l’organisation. Notamment cette débauche de moyens pour gravir la face sud-ouest de l’Everest, en 1975, avec «[…] neufs grimpeurs de pointe, […] cinq de soutien, […] soixante porteurs d’altitude» et une logistique digne d’un assaut militaire. D’ailleurs, l’alpiniste en est un qui a choisi une carrière dans l’armée.
Mais Bonington appartient aussi à la race des puristes, grand amateur des techniques alpines. Il s’enflamme surtout pour des premières, des voies impossibles, recherchant en situation, ou sur une photo, la voie la plus ardue. Toujours à l’affût de la face ou du sommet inviolé. Intarissable dans ses descriptions techniques, il glisse, pudique, sur les épisodes tragiques, comme la disparition de camarades très proches. Qui jamais n’entame sa volonté d’aller au sommet.

Les horizons lointains, souvenirs d’une vie d’alpiniste de Chris Bonington Ed. Nevicata, 458 pp., 26,95 €.