Coccinelle. Un beau livre est-il obligatoirement grand et cher?
Brigitte Ollier. Non. C'est vrai que dans la sélection que nous avons proposée, il n'y a pas de livres à moins de 45 euros, ce qui représente un budget conséquent, et ils sont tous d'un format assez grand. Quand on a plus de place, on essaie de retenir aussi des petits livres, à petit prix. Par exemple, pour citer un livre qui n'apparaît pas dans la sélection et qui est vraiment un livre petit, mais formidablement grand par son contenu, «Hach Winik» aux éditions Le Bec en L'air, de Miquel Dewever-Plana (28,51 euros).
Peut-être juste préciser que les éditeurs font des efforts pour sortir des livres de qualité, à des prix démocratiques. Mais un beau livre, s'il n'est pas forcément grand et cher, doit être précieux.
Lou. Les beaux livres, c'est cher, si je devais en choisir un, lequel me conseilleriez-vous?
«La radicalisation du monde» de Philippe Bazin, coédité par l'Atelier d'Edition et Filigranes (49 euros). La critique est dans le Cahier livres de Libé.
Prince. Quand vous regardez un livre de photos, qu'est-ce qui vous attire le thème choisi ou l'esthétique?
Quand je regarde un livre de photos ce qui me plaît c'est d'être surprise, c'est-à-dire qu'il y ait une sorte de suspense, que je ne tourne pas la page pour trouver la photo attendue. Je ne suis pas maniaque, et même quand l'impression est couçi couça, je ne fais pas la tête. Pareil pour le graphisme. Mais je ne perds pas mon temps si les photos ne m'intéressent pas.
J'aime quand un livre de photos est accompagné d'un bon texte, et j'aime savoir aussi des choses sur l'auteur. Il y a eu longtemps une grande mode avec des livres de photos sans «rien», sans légende, sans même une biographie succinte et ça m'agaçait vraiment.
Dodcoquelicot. Pourquoi un «beau livre» ne prend-t-il jamais de valeur avec le temps, pourquoi qu'il ne rime pas avec rareté?
Je pense que les beaux livres tirés à peu d'exemplaires, je parle ici des beaux livres d'auteurs, prennent forcément de la valeur et qu'il suffit d'aller faire un tour sur les sites pour s'en apercevoir. Les piles de livres qu'on trouve chez les soldeurs sont souvent la preuve du bon goût des lecteurs.
Coccinelle. Une bonne adresse de beaux livres à Paris?
Artazart, sur le canal Saint Martin, l'accueil est souriant, et il y a beaucoup de choix.
Xsd. En quoi reconnais-t-on un l’originalité d’un livre de photos?
C'est une question très subtile. C'est quand il a été pensé, c'est-à-dire quand l'auteur ne s'est pas contenté de mettre ses photos à la queue leu leu. Quand il y a comme un accord, comme une cristallisation entre les photos, les pages blanches, les légendes, le papier etc... qu'il y une tension, qu'on sent l'effort, ce n'est peut-être pas le bon mot, qui a été fait.
Beru-von-88. Quelles seraient cette année les orientations actuelles des éditeurs en terme de sujets, de concepts, de styles ?
Difficile de répondre dans le détail. En tout cas, ce qui me plaît c'est que les photographes essaient de plus en plus de faire des livres personnels. Et ça j'ai l'impression que c'est plus qu'une tendance, c'est acquis. Et même si ce n'est pas toujours réussi (dans la clarté), il y a aussi beaucoup de photographes qui écrivent leurs propres textes.
Carlton. Les photos de Jessica Craig-Martin sur les nantis sont-elles exposées quelque part? merci pour votre réponse.
Oui, j'aurais dû le signaler, elles sont exposées à la galerie 64bis, 64 bis avenue de New York, dans le 16ème. Tél: 01 46 47 53 50, faites vite, c'est jusqu'au 11 décembre.
Toutcru. La sélection de livres de photos que vous proposée sont des portraits de notre société, pourquoi avez-vous fait ce choix?
C'est vrai que j'ai essayé de choisir des livres utiles, mais sans qu'ils soient lourds. «La radicalisation du monde» de Bazin et «Privilège», de Jessica Craig-Martin sont des livres ouverts sur les autres, surtout le premier qui donne à voir des visages qu'on ne voit jamais, tant la «glamourisation» est règle d'or. «Privilège» est plus un livre parade et les deux autres dont j'ai parlé «Tout va disparaître» d'Hellen Van Meene, et «Native» de Mona Kuhn, sont pour moi plus oniriques.
Jloupf. Certains libraires ont la fâcheuse habitude de ranger sous l'appellation «beaux livres» des livres qui se ressemblent tous: grand format, papier couché brillant, dos carré collé de 5 cm et des typos passe-partout. Avez vous le sentiment que, d'une manière générale, les métiers du livre au sens noble sont tombés dans l'oubli ? Que le livre-objet n'existe plus ?
J'ai quand même l'impression que les libraires font au mieux, il faudrait plutôt demander aux éditeurs ou aux directeurs artistiques, par exemple, pourquoi, de temps en temps, les beaux livres ne sont que des miroirs?
Je ne crois pas que les métiers du livre, au sens noble, comme vous l'écrivez, sont tombés dans l'oubli. Pour preuve, les livres qui sortent et qui sont des petits bijoux, voire, pour certains, des objets très rares.
Mr K.. La photo aujourd'hui est-elle si délaissée que ca ?
Si l'on en croit le public qui s'est précipité au dernier salon Paris Photo, la photo fait des ravages. Il y a de plus en plus de monde dans les expositions, il y a de plus en plus de manifestations autour de la photo, c'est la folie. Quand j'ai commencé à écrire sur la photographie pour le journal, en 1989, à peu près, il devait y avoir une exposition photo par trimestre, à Paris. Maintenant, j'ai à peine le temps de tout voir... C'est pourquoi, de plus en plus, j'aime à me réfugier dans les livres de photos, et je suis de plus en plus emballée.
J'encourage tous nos lecteurs à offrir des livres de photos, que ce soit l'historique collection de Photo Poche, publiée par Actes Sud, les livres quasiment faits à la main par Filigranes Editions, les livres extras publiés par Phaidon, dont le dernier «Memories of Myself» de Danny Lyon, les livres modernes de Steidl, comme «Studio», de Paolo Roversi. Un livre peut être le plus inattendu des cadeaux. Il est comme un bout de grenier, une petite toile d'araignée, un gros gateau. Merci pour vos questions, j'ai été enchantée de partager ce moment avec vous, à bientôt.