A mi-chemin entre les plages du Yucatan et le désert de la Basse Californie, l’état de Guanajuato dévoile un visage du Mexique hors des sentiers battus. Sur fond de cactus, de conquête espagnole et de civilisation précolombienne.

A trois heures de voiture au nord-ouest de Mexico, l’état de Guanajuato milite à juste titre pour devenir une alternative aux grands classiques des voyages au Mexique. Pour le bonheur des voyageurs, la destination reste encore préservée du tourisme de masse, et même du tourisme tout court. Ce n’est pas faute de posséder les atouts nécessaires. Partir à Guanajuato, c’est voyager sur les traces des conquistadors espagnols et des villes qu’ils ont bâti pendant cinq siècles. Un voyage pour comprendre le Mexique authentique, pour apprécier sa richesse culturelle et architecturale. Le Guanajuato est en effet le premier bastion de la conquête espagnole, au début du 16ème siècle, en raison de l’abondance de ses mines d’or et d’argent, dans ses montagnes. Des filons d’argent qui comptent encore aujourd’hui parmi les plus importants au monde. La prospérité commerciale des siècles passés laisse aux générations d’aujourd’hui de nombreuses merveilles à découvrir.
Un tunnel pour accéder à la ville
Suivre les pas des conquistadors mène inévitablement à Guanajuato, capitale de son état. Cette ville perchée à plus de 2000 mètres d’altitude sur les contreforts des montagnes qui lui ont donné son nom, est accessible en voiture depuis Mexico (compter 3 heures de route) ou via l’aéroport de Léon à proximité. Et c’est par le sous-sol que l’on arrive en ville. La cité dispose d’un dédale de tunnels unique au monde, aménagé dans ce qui fut jadis le lit d’une rivière puis les canalisations de la ville. Perdu dans la pénombre de ce labyrinthe rocheux, il n’en est que plus surprenant de remonter à la surface pour s’enivrer des couleurs de la ville, sublimées par la lumière d’altitude. Pas une façade n’arbore le même ton que sa voisine. Seule similitude, la vivacité des bleus et des verts, l’aspect pastel des tons ocre et orange ponctués de nuances jaune moutarde. Pour observer ce bal des couleurs, direction le sommet de la colline où se dresse l’imposante statue en pierre rose du Pipila. L’endroit est également idéal pour déguster une spécialité bien locale : les chicharróns (0.5 € chez les vendeurs ambulants). Végétarien s’abstenir, cette peau de porc frite et tartinée de sauce piquante reste en bouche quelques temps… Pour découvrir les très nombreux trésors coloniaux de la ville, il suffit de se laisser porter au fil des pavés qui jonchent les ruelles, et de lever les yeux pour admirer les façades néoclassiques et les balcons en fer forgé, l’entremêlement des toitures de tuiles rouges sur les pentes abruptes et les petites places fleuries.
Une architecture d'un baroque endiablé
Pour commencer une balade à Guanajuato, cap sur le «Jardin de la Union» autour duquel s’entassent les richesses culturelles. A l’ombre de ses arbres qui ont l’air de pousser à l’horizontal, les habitants et quelques touristes déambulent entre les vendeurs ambulants. Un musicien fait résonner son imposante contrebasse et tente de couvrir les chanteurs qui plus loin, interprètent à la demande les grands classiques de la chanson hispanique. Sur cette place trône le Théâtre Juarez érigé fin 19e, à ne surtout pas manquer. Emprunter l’escalier flanqué de belles balustrades en cantera rose pour admirer les détails du portail, fait de colonnes doriques surplombées d’un chapiteau orné d’iris. L’intérieur mauresque se découvre aux heures d’ouvertures le matin et en fin d’après-midi. A quelques pas, le magnifique Templo de San Diego expose les reliefs de sa façade en cantera rose, parfaite représentation du baroque flamboyant espagnol du 18e siècle. Encore quelques minutes de marche et voici la Basilique de Guanajuato dont le jaune soutenu détonne dans un ciel parfaitement bleu, et l’université de la ville qui n’est pas sans rappeler certaines constructions médiévales européennes. Pour un autre exemple d’architecture coloniale, il faut prendre un taxi : 2 € et quelques minutes de trajets plus tard, l’Eglise La Valenciana surplombe la ville. L’édifice de la fin du XVIII ème, érigé par le Comte de La Valenciana, renferme l’une des décorations les plus flamboyantes du pays. Son originalité est à décrypter : des icônes aztèques sont en effet cachées dans les ornements par les indigènes ayant participés à la construction. Un vrai jeu de piste !