Voici quelques chiffres afin d'illustrer les difficultées rencontrées pendant cette expedition et un petit texte venant relativiser ces memes difficultees: Nombre de jours au camp de base: 24 Nombre de jours sans chute de neige: 6. Nombre de biere bues: 50...
Duree de la plus longue chute de neige: 78 heures non-stop
Cumul de neige au camp de base: 1.5m
Cumul de neige au camp 1: 4.5m
sac le plus lourd: 30kg
Longueur de corde fixee par l'expedition commerciale Japonaise: 2 km
Longueur de corde ensevelie: 2 km
Nombre de tentes ensevelies: 12
Nombre de personne ayant atteint le sommet cette annee: 0
Medication: 3 aspirines de 1000mg, 2 de 500mg et 2 vitamines C
Nombre de livres lus: 6
Nombre de biere bues: 50
Nombre de bouteilles de vin: 4
Nombre de jours sans fumer: 26!!!
Voila, nous sommes a present de retour a Kathmandu, j'ai ecrit un petit texte entretemps:
"Le vent soufle dehors. Arithmetique rythmique, les avions ne decollent que le matin avant que ne remonte le vent de la vallée verte loin là bas, à trois jours de marche.
Les chiens errent sur les dalles pavant l'unique rue du village, les fils électriques pendent en d'anarchiques guirlandes pesant sur de frèles poteaux surchargés.
A l'hotel Tilicho les portes ne portant pas de poignées claquent au vent du dehors, la chambre est borgne, les murs fraichement repeints ne sont déjà plus blanc.
Nous attendons l'avion depuis la veille.
La patience n'est pas occidentale, elle est d'un autre continent, d'une autre époque, d'une autre vie.
La bière n'est servie qu'apres 15 minutes, le petit déjeuner 30, pour le diner il faut compter une heure et l'avion une journée avec de la chance.
Alors c'est à notre tour d'errer dans l'unique rue mal pavée de ce village, frontière du royaume du Mustang.
Quel nom magnifique! Quel pauvre village!
Et le combat quotidien des rizières et des champs de blé vert contre les collines désertiques alentours, le combat quotidien des hommes préparant l'hiver, la disete et qui sait peut-être un jour la misère.
La pauvreté existe dans nos pays bien entendu, mais cette misère là n'est pas occidentale, elle est d'un autre continent, d'une autre époque, d'une autre vie.
Il y avait de jeunes garcons hier, nous les avons croisés, entre 10 et 16 ans, portant 30 a 60 kilos de bois fraichement coupé sur leur front ruisselant de sueur. Les ballots de pin sentaient bon, eux se préparaient à l'hiver se réchauffant en labeur.
A l'hotel Tilicho les portes claquent, la chambre est borgne, les toilettes sales sont turques, sans papiers et sentent la pisse, la patience est mise a rude épreuve mais nous, nous prenons l'avion demain, en partance pour un autre continent.
Les enfants du Mustang, quand à eux, auront encore longtemps les mains caleuses et le front ruisselant."
Kathmandu, Népal le 19 octobre 2007.
Contrastes…
Hier nous sommes allés visiter Bakhtapur, la cité des divinités. Les pierres étaient pluri centenaires ainsi que les bois délicatement sculptés. Sur la place des potiers, les potiers tournaient leur roue à la force des bras, les femmes séchaient les pots au soleil avant de les enfourner dans un four de foin.
La méthode, comme les pierres, est ancestrale.
Hier nous sommes allés au Lhasa bar voir un concert. Les jeunes musiciens, qui n’avaient pas vingt ans, jouaient comme des professionnels. Bob Marley succédait à Jimmy Hendrix dans la fumée de cigarette et les relents de bière Gorkha. Dans un sens, ils sont professionnels, vu qu’ils ne vivent que de leur musique.
Contrastes…
D’un coté de la rue, sur le trottoir, il y a des mendiants rampant à terre, traînant leurs moignons dans la poussière des passants méprisants.
De l’autre coté de l rue, sur le trottoir, il y a un groupe de touristes, les bras chargés des cadeaux collectés dans les boutiques de Thamel, traînant les pieds dans la poussière des passants indulgents.
Contrastes…
La semaine dernière nous étions dans la tempête, pendus aux flancs de la Montagne Blanche.
Aujourd’hui je suis devant l’écran qui me divulgue froidement : Actualité/Monde : carnage… attentat à Karachi, environ 115 morts.
La vie est pleine de ces contrastes qui nous tiennent en vie.
Le bonheur se noue au malheur en une étreinte qui n’a pas de fin. Mais le seul vrai bonheur n’est-il pas simplement d’être en vie ?
Nous rentrons chez nous dans quelques jours. Pour ma part heureux de respirer les odeurs du monde.
Le sommet est encore loin et le chemin pour y parvenir sera sinueux et difficile. Mais c’est un sommet de bonheur qui nous attend : la fin d’une vie pleine et entière.
Heureux une nouvelle fois d’avoir pu, au travers des neiges de l’Himalaya, au travers du sourire de ses enfants, tout au long de la longue route qui m’a amené jusque là, apercevoir Toute la Beauté du Monde.
allibert
Commentaires
Your.mountains
22H27 07 SEPTEMBRE 2009
Je répondrai à Jean-Christophe un peu tard, certes.
En ce qui concerne les déchets, il est évident que nous avons tout descendu dans la vallée, une caution est même instaurée au Népal depuis quelques années maintenant, caution non-rendue si les expéditions laissent quoique se soit en montagne. Savoir si cela est respecté, savoir ce que deviennent les déchets après-coup, c'est un autre débat.
Au Dhaulagiri en 2007, une autre expédition (commerciale) a dû laissé trois ou quatre tentes,une bonne dizaine de bouteilles d'O2 au camp 1 ainsi qu'un ou deux kilomètres de cordes fixes. A leur décharge, enlever tout cela lorsque les chutes de neige dépassent 5 mètres par endroit et à plus de 5000 m, je vous laisse essayer... (Il faudrait ne pas les y emmener!)
Quand à débattre sur l'utilité d'amener 50 cannettes de bière ... RAS
Paul Bonhomme
Jean-Christophe
00H43 17 DECEMBRE 2008
50 bières bues !?! Et j'espère que vous avez descendu les bouteilles vides de la montagne alors !
Je parle par expérience, ayant fait la randonnée du circuit des Annapurnas ainsi que celle du Sanctuaire des Annapurnas, j'ai pu voir de mes propres yeux les déchets de bouteilles de bière ou pire de bouteilles d'eau (plastique) laissés par les randonneurs et autres alpinistes dans les différents camps ou hameaux.
Une honte et une catastrophe écologique aussi.
J'ai passé presqu'un mois consécutif en tout dans ces montagnes, et je n'ai pas vu l'intérêt de boire une bière, ça pouvait attendre le retour à la civilisation tout de même, il ne faut pas exagérer.
Quant à boire, seulement de l'eau (que nous filtrions avec notre pompe en céramique) et du thé, au moins nous ne laissions aucun déchet derrière nous. La montagne est belle mais fragile, il faut la préserver.