C'est pas Dieu possible. Ces barbares de Vikings sans foi ni loi (la preuve, ils croient en Odin et Thor) m'ont foutu les restes vénérés de Saint Philibert à la flotte, en attaquant de braves villageois chrétiens lors d'un mariage quelque part en Vendée et autour de l'an Mil...
Avec force fumée, drakkar surgissant des profondeurs de la rivière artificielle sous le donjon (en flammes), moult bêtes sauvages (loups, aigles. on en est friand là-bas parce que tu vois c'est l'incarnation de la liberté sauvage et, euh, parfois de la domination et du pouvoir), et Vierge du Puy du Fou (c'est bien là qu'on est) réclamée en renfort. Premier spectacle auquel on assiste dans ce parc à thèmes historique, créé il y a trente ans par Philippe de Villiers, patron du MPF et président du conseil régional de Vendée. On ne se méfie pas encore de cette «machine à remonter le temps».
Barbares.
Les Vikings, écrit comme tous les autres spectacles par le susdit, dure une demi-heure : comme tout le reste, c'est bien rôdé, techniquement impec, pas un fil qui dépasse et «comment qu'y fait Philibert pour respirer dans l'eau», demande le jeune Killian à notre droite ? Parce que revoilà Philibert qui sort de son sarcophage (perruque comme les autres, façon Clavier dans Les Visiteurs) ; ces saloperies de barbares sont esbaudis, genou à terre, conversion, échange viril de chef, bons chrétiens, musique grandiloquente et hop, faut y aller, on a «bataille du donjon». On ricane quand même un peu en sortant car «Philippe» (comme l'appellent les 3 000 bénévoles qui assurent le spectacle, car ici tout le monde s'appelle par son prénom et se tutoie vu que c'est comme une grande famille qui partage les mêmes valeurs de cette Vendée archétypale, manichéenne, ruralo- traditionnelle, le sabot fièrement planté dans sa terre farouchement défendue. Mais on s'emballe.). Bref, Philippe n'y va pas avec le dos du biniou, hein.
Suite de la balade en compagnie de 15 000 autres braves gens pour le spectacle du gladiateur gallo-romain fraîchement converti à Christ, amoureux d'une belle chrétienne, et que les lions refuseront de bouffer malgré les ordres répétés de ce très vilain empereur de Rome la sanguinaire, qui se battra (le gallo-romain, suivez un peu) avec grand courage et grande noblesse, seul contre tous, etc. Balade donc dans les 40 hectares du parc. C'est vert, fleuri, bien léché ; le village du XVIIIe siècle est admirable avec ses artisans méritants (le potier, l'émailleuse, l'enlumineuse, le fournil de la marque Pasquier et l'ébéniste qui raconte ses problèmes de curatelle au moment où on passe).
Tiens on va prendre le petit train pour aller au donjon. Deux sexagénaires commentent l'ensemble, l'air pénétré : «Ah c'est beau, hein, tous ces jets d'eau, pis c'est bien fait.» On passe par le tunnel du loup qui couine qu'il était le dernier de Vendée et assassiné par les hommes en 1908 car «l'homme est un loup pour l'homme», si c'est pas malheureux ces humains qui saccagent la nature, on se cogne en passant le spectacle de fauconnerie. Et c'est parti pour l'épopée de ces fiers et preux chevaliers chrétiens partis accompagner Jehanne - là c'est l'histoire de Guyon -, il a laissé son château à sa belle. Mais voilà les Anglais qui saccagent tout, ces fumiers ! On ne lésine pas sur les effets de catapulte, de feu, de bélier et les cavaliers sont impressionnants, il faut reconnaître, comme toute la technique de professionnels déployée partout.
«Télé Puy du Fou».
Le chignon en fleur de lys et la tête farcie de glorieuse musique à la testostérone, on se traîne à cet improbable hôtel, qui se nomme villa gallo-romaine, se refaire avant le clou vespéral : la cinéscénie, «près de 2 heures d'émotions, sept cents ans d'histoire, 7 millions de spectateurs. Spectacle nocturne grandiose qui présente l'histoire de la Vendée du Moyen-Age à nos jours avec 1 100 acteurs, 50 cavaliers et 13 000 spectateurs chaque soir», écrite en 1978, par de Villiers toujours. Mais avant, un petit coup d'oeil sur la chaîne de télé Puy du Fou, où les bénévoles façon patronage exaltent en boucle cette microsociété, les valeurs partagées, la solidarité, les emplois aussi, fournis par le parc, le ciment du terroir, etc. Ils sont allés chercher Soljenitsyne, qui visite le parc ; PPDA explique que les gens sont «sur le cul» à voir tous ces beaux spectacles. Delon adore, Robert Hossein aussi, et alors Drucker.
A la navette pour la cinéscénie, ça ne rigole pas : «Ah non Madame, vous ne pourrez pas y aller à pied et en revenir non plus à pied». Oui mais Madame la bénévole, si je veux partir avant parce que, voyez, je commence un peu à saturer de la chevalerie et des valeurs chrétiennes ? «Ah non ça ne sera pas possible j'en ai peur», soupire-t-elle, avant de s'enflammer dans la navette sur le bénévolat et de s'exalter sur l'air de «les handicapés chez nous, c'est sacré». Et c'est parti mon kiki pour deux heures de pauvres méritants, de fileurs de quenouilles, d'horribles révolutionnaires qui ont buté les curés, les fières armées résistantes aux colonnes infernales, les cloches qui sonnent plus, chaque homme debout est un héros, chaque homme couché un martyr. Derrière on s'extasie :«Qu'est ce que c'est beau toutes ces lumières, pis ces jets d'eau, pis ces costumes», après avoir déconné en attendant le début du spectacle, «c'est en plein air parce qu'y nous ont fait manger des mojettes [haricot blanc local, ndlr]».
Vindiou.
En effet, malgré une pluie battante et une vague nausée au 43e vitrail résistant aux flammes infernales sur fond de Te deum, on ne pourra pas partir. Gentil mais très ferme. Final, apothéose. «Non faut que vous restiez, le plus beau reste à voir», dit le bénévole. Une histoire réécrite et focalisée sur l'odieuse Révolution (1). On épargnera la description le lendemain de cette espagnolade absconse qu'est le spectacle dit des Mousquetaires (à moi Richelieu, Chimène - pas Badi, l'autre -, Cyrano, le cheval blanc caracolant style «je suis la Vendée libre», etc.) . A moi Josée Dayan, TF1, le palais des congrès et la petite Cosette. Ainsi que celle de l'Odyssée du Puy du Fou avec cette pauvre petite fille dont toute la famille a été massacrée par devinez qui. Allez, on rentre, Dieu et mon Roy, euh, les gars, une petite mojette et au lys.
Paru dans le Cahier été de Libération, le 15 juillet 2008
(1) Voir l'excellent blog www.oeil-cynique.org/spip.php?article156.
Lire aussi l'ouvrage sur le Puy du Fou écrit par l'historien Jean-Clément Martin et le sociologue Charles Suaud, Le Puy du Fou en Vendée, l'histoire mise en scène, publié en 1996.
Commentaires
amirouge
09H31 08 AOUT 2008
Ah c'est sûr! Cela nous change des banlieues avec les hordes de voyous qui brûlent les voitures et agressent les pompiers. Chacun revient vers sa culture.
Mais quand même, pourquoi tant de haine dans cet article?
Richard
11H33 07 AOUT 2008
Je souscris complètement au commentaire de Amori. On peut profiter du spectacle et passer un bon moment sans cautionner les thèses réactionnaires qui les soustendent.
Sinon, deux petites erreurs : la description du Bal des Oiseaux Fantômes (ben voui, je l'ai découvert le 22 juillet dernier) correspond plus à l'attaque du donjon ... petit problème de réécriture peut-être ?
Surtout, la Vendée, n'en déplaise à certains n'est qu'un département. Philippe de Villiers est donc le président du Conseil Général de Vendée et non régional.
Avant de donner des leçons aux Vendéens qui réécrivent l'histoire faudrait peut-être voir à réviser sa géo administrative.
fab
11H28 07 AOUT 2008
Patrick Allard : Pas de pub au Puy? vous etes sur? Et libé il fait quoi, du tourisme écolo? Les brochures dans ttes les agences, les pressions mis par le joli Philippe depuis ses débuts (avec plus d efficacité que D Estaing)?
Désolé au début c était assez vrai, quand il s agissait de reconstitutions de vie, sans spectacle pyrotechnique encore plus manichéen mais maintenant c est comme le "futuroscope", le bouche à oreilles se fait par journaux et emissions tv!
Vendéen... différent
11H21 07 AOUT 2008
Je suis allé faire la visite de ce grand parc, on m'avait dit que c'était sympa. Certes techniquement c'est au top, le village reconstitué très bien fait .... mais il règne cette ambiance bizarre, bien relatée dans cet article.
Il ne s'agit pas ici de nier les atrocités des guerres de Vendée ( avec leurs engrenages de vengeances), mais nous en avons marre de cette surexploitation (politique) à laquelle se livre le Vicomte De Villiers, qui regrette le bon vieux temps de la suprématie de sa chère noblesse et a la nostalgie du bon peuple soumis. C'est le paradoxe: avec le Puy du Fou, il a réussi à mettre à "son service" tous ces bénévoles à qui il donne l'illusion qu'ils participent à un vrai "combat pour les valeurs" (*). C'est cette impression qu'on ressent.
Tous les vendéens , loin de là, ne se situent pas dans cette démarche, mais il tient ce département avec une telle main de fer qu'il n'est pas facile d'être "différent" (normal quoi)
(*) mouvement qui a précédé la mise en place du MPF
patrick Allard
10H33 07 AOUT 2008
Désolé mais je n'adhère pas à votre commentaire sarcastique.
Le Puy du fou est une vraie réussite d'un parc à thème intelligent dont le succès uniquement par le bouche à oreille (pas de pub) ne se dément pas depuis 30 ans.
Certes on peut critiquer les choix des thèmes historiques, mais là au moins il y a matière à débattre et à réfléchir. On est très loin de la seule stimulation primaire des sens que nous propose la quasi totalité des autres parc à thème;
Nos enfants qui ont comparé avec Eurodisney en redemandent.....
Il ne faut pas jeter le bébé du fondateur (le Puy du Fou) avec l'eau du bain (ces idées) .
Et Dieu sait que je n'ai jamais adhéré aux idées de Philippe de Villiers !
amori
10H11 07 AOUT 2008
Il y a trois ans j'accompagnais des handicapés au Puy du Fou, uniquement pour la visite du parc. Tant mieux : je n'aurais pas supporté la cinéscénie, ce Disneyland de la réaction, rempli de spectacles bondieusards, m'ayant plus que suffi. Mais les personnes que j'accompagnais, parfois mais pas toujours de conviction catholique, n'ont absolument rien trouvé à redire, prenant un plaisir qui fait chaud au coeur devant ces spectacles techniquement bien foutus, avec des capes, des épées, du sang, des larmes, bref des ingrédients qui peuvent plaire ! Alors bon, je ne peux pas en vouloir à mes protégés d'avoir occulté le caractère profondément réactionnaire (jusqu'à la récriture sans nuances de l'Histoire, des Romains aux Vikings) du Puy du Fou. En revanche j'en veux à Villiers et encore plus aux Vendéens qui se complaisent dans leur identité catholique, vieille France, comme en témoigne chaque entrée de commune, avec ces symboles... vendéens (excepté des villes peut-être). Alors oui, Villiers est un bon développeur économique, la Vendée réussit bien de ce côté-là, le Puy du Fou est un succès considérable, mais cela peut-il tenir lieu de politique culturelle à la collectivité départementale ?
francky 40
09H32 07 AOUT 2008
Impression étrange d'atterrir au milieu d'une secte , les bénévoles faisant autant flipper que le public qu'on dirait sortir en majorité d'une émission de télé-réalité made in TF1...
fab
09H11 07 AOUT 2008
Serait pas un peu orienté l article? C est comme disney qui véhicule son odieuse morale américaine! Bah oui, on est pas chez Astérix!
Sinon ne pas oublier une réalité: au puy y a surtout des bénévoles, et les emplois derrière ont un goût bizarre?! Par le contre le ptit Philippe lui il ne l est pas du tout bénévole et c est famillial... surtout pour les De Villiers!
Mais bon ça marche, sont gentils quand même ces vendéens, non seulement y bossent bien (surtout les cascadeurs venus de l est de l Europe et bien payés, eux!) et en plus ils ferment leur g....!
Visiteur
08H13 07 AOUT 2008
"L'histoire réécrite" : mais quelle Histoire ne l'est pas ???
On a bien compris que vous n'aimiez pas, mais moi, en tout cas, je n'ai toujours pas compris pourquoi...
Le journalisme n'est pas que le persiflage, me semble-t-il...
J'ai été voir http://www.oeil-cynique.org/spip.php?article156, que je trouve puant et moralisateur. Cynique veut dire méchant...
Ben oui, la Vendée a subi des ravages terribles pendant la révolution.
Oui, une partie des révolutionnaires ont été les pires salauds.
Et alors ?
Ca vous dérange dans VOTRE vision de l'histoire, où tous ceux qui disent non sont forcément pauvres et de gauche ?
Pour mémoire, c'est bien dans VOTRE journal que j'ai lu, il y a quelques années, une description du début de la guerre d'Algérie surréaliste ou les FLN, finalement, avaient juste appuyé par erreur sur la gachette...
Y'a pas un argument dans votre texte...
Est-ce que le journalisme ou la critique doit être uniquement un billet d'humeur ?
Zebulon
19H49 06 AOUT 2008
Eh oui, c'est génial, pas parisien pour deux sous, simplement provincial, chez les ploucs !
Dingue