Témoignage photographique nostalgique capté par l'objectif de ce natif de la cité turque au carrefour de l'Europe et de l'Asie.
Les fumées orageuses des bateaux à vapeur. Les flocons de neige valsant devant les tramways à la vitesse des libellules. Les enfants jouant devant leurs maisons en bois assemblées comme des mille-feuilles. Le pont de Galata. La mosquée bleue. Ara Güler, 81 ans, restitue en 150 photographies l’histoire de sa ville natale, Istanbul. Tout est là de cette capitale aux multiples héritages, hier Byzance puis Constantinople, avec un noir et blanc éclatant qui n’exclut pas une certaine mélancolie, proche de celle qui peut saisir un écolier à l’heure des devoirs.
Avec Güler, les hommes sont au premier plan, toujours, qu’ils s’épuisent sur les pavés avec des charges barbares ; qu’ils reprisent leurs filets pour la prochaine pêche ; qu’ils discutent sur les trottoirs tels des célibataires désoeuvrés, tuant le temps à leur façon, comme s’ils étaient les derniers figurants d’un John Ford, saisis entre deux prises.
Ara Güler est un reporter grand écran. La rue est son royaume, et c’est ainsi qu’il faut découvrir Istanbul en sa compagnie, dans le mouvement de ses photographies, qui emporte jusqu’aux rives du Bosphore. Le texte d’Orhan Pamuk, inédit, vient en écho à son Istanbul édité par Gallimard (Folio 4798) et parsemé de photographies, dont celles de Güler, qui «suscitent en moi le plaisir de voir et l’ivresse du souvenir».
Istanbul, 150 photographies d’Ara Güler
Texte d’Orhan Pamuk
Les éditions du Pacifique
184 pp., 35 euros.
Aussi deux expositions parisiennes où retrouver Ara Güler et sa ville natale:
Maison Européenne de la Photographie (01 44 78 75 00, jusqu’au 11 octobre);
Galeries nationales du Grand-Palais (01 44 13 17 17, du 10 octobre au 25 janvier 2010).
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