«L’Albanie n’a presque pas d’image. Son image est en construction », écrit Ismaïl Kadaré, dans un texte critique où il s’interroge sur la représentation d’un peuple longtemps inconnu aux yeux des Européens. Et il précise : « L’Albanie communiste d’hier est, sans doute, la première responsable de beaucoup de choses. (…) Elle s’est couverte de ridicule en ayant choisi d’être le dernier défenseur de Staline. Elle s’est exclue du monde civilisé par sa cruauté sans précédent ».
S’aventurant dans l’après-communisme, John Demos choisit de photographier en couleurs ce pays autrefois réputé pour la beauté de ses habitants, si l’on en croit le poète britannique Byron. Le photographe grec, né en 1944 à Thessalonique, s’approche au plus près des gens, et trace un portrait sans niaiserie. Certaines scènes ressemblent parfois à du théâtre tant l’on a l’impression d’un décor d’opérette. Ainsi de l’homme à l’imperméable sortant du marchand de tabac de Korcë. Ou du travailleur, tête baissée, portant un sac sur les épaules dans les rues de Tirana. Ou de ces couples endimanchés posant avec candeur devant l’objectif.
John Demos s’est aussi concentré sur les meetings politiques, les réfugiés en quête de leurs proches, et la mise à sac des archives du Parti à Shkodër, le 2 avril 1991.
Albanie est un livre à part, incroyablement plein et mystérieux, qui donne envie d’écouter le cœur des Balkans.
Albanie de John Demos,
Actes Sud, 144 pp., 38 euros.
Texte d’Ismaïl Kadaré.
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