Un guide de voyage illustré dans les rues de Tokyo qui ne ressemble à aucun autre.
Ce livre n’est pas une BD. Il a beau être fait de dessins et de texte, on le considérerait plutôt comme un livre d’illustrations, au même titre qu’il y a des livres de photographies, orchestrés par une thématique – ici, c’est donc la ville de Tokyo. Florent Chavouet, son auteur, assure avoir cherché un emploi durant son séjour de six mois au Japon, mais on en doute quand on voit l’œuvre colossale qu’il en a tiré. Des dizaines de croquis soignés, colorés, parfois inaboutis («je ne me souviens plus trop de ses chaussures») organisés autour des quartiers de «la plus belle des villes moches du monde». Pour chaque chapitre des «interludes» : croquis de paquets de cup-noddles, schémas de spécialités locales (oreiller en forme de cuisses de femme ou poteau électrique «ne pas lésiner sur les fils») ; et la fameuse «sociologie facile» qui croquent des looks de Japonais, depuis la «collégienne forte en math» jusqu’au Johnny Depp local.
Mais ce qui touche au-delà d’un énième regard sur les Japonais, ces extraterrestres, c’est un sentiment de solitude et d’incompréhension – cette même impression, dont Sofia Coppola avait fait l’objet de son «Lost in Translation»: entre interrogations, isolement, et observations muettes. Car en esquissant sa chaise pliante qui lui a «permis de compenser le déficit de bancs publics» («ne pas dépasser les deux heures d’utilisation sous peine d’absence totale de sang dans les jambes»), sa montre Casio ou son café-brioche au «St-Marc Café», Florent Chavouet nous parle aussi de sa solitude urbaine, du sentiment d’être cerné par soi-même alors qu’on est très entourés. Les contacts mentionnés sont rares, les rencontres quasi inexistantes. Le temps se délite comme si nous errions sur une planète étrangère. Nous plongeons dans cette foultitude de détails, attendons qu’une averse s’épuise, découvrons avec enthousiasme un nouveau quartier et revenons aux Tokyoïtes, sources intarissables de mystères.

Editions Philippe Picquier, 24 euros