Politiques 31/05/2010 à 00h00

Rupture

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Par LAURENT JOFFRIN

Virage à gauche ou crochet du gauche ? Il n’est pas certain que le parallèle établi par Martine Aubry entre Nicolas Sarkozy et Bernard Madoff soit ni du meilleur goût ni de la meilleure eau. Comme le dit François Hollande, la gauche a intérêt à élever le niveau du débat politique plutôt que le contraire. En revanche, il y a derrière cette sortie un calcul plus profond, qui pourrait bien structurer la prochaine bataille présidentielle. La première secrétaire veut une opposition franche sinon radicale. Sur un point au moins, elle a raison : la crise financière née du tout-marché est telle que tout projet de gauche doit se fonder sur la rupture plus que sur l’accommodement. François Mitterrand en son temps n’a pas tenu d’autre raisonnement. La fille de Jacques Delors a plusieurs filiations… Pour que l’opposition l’emporte, en effet, il lui faut marquer ses valeurs. Ce sera tout le problème de Dominique Strauss-Kahn s’il décide de se lancer. On ne peut laisser accroire que le projet de la gauche «ne serait pas socialiste», selon la malheureuse formule employée en 2002 par Lionel Jospin.

A condition que le réalisme soit aussi au rendez-vous. A cet égard, la position du PS sur le dossier brûlant des retraites laisse à désirer. La défense des «60 ans» est juste si l’on admet d’autres changements de règles, par exemple une prolongation de la durée de cotisation, impopulaire mais inévitable. Martine Aubry ne le dit pas. Elle a raison de souhaiter la rupture. A condition que la rupture soit crédible.

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