Pour sa 30e édition, Jazz à Vienne met les voix à l’honneur !
Wayne Shorter 4tet
Fascinant Wayne Shorter ! Au cours d’une carrière qui s’étend sur près d’un demi-siècle, à combien de moments décisifs de l’histoire du jazz ce saxophoniste génial et volontiers discret aura-t-il participé sans jamais apparaître comme un véritable chef de file ?... Et pourtant. Du hard-bop des Jazz Messengers jusqu’à son quartet des années 2000 (avec Danilo Perez, Patitucci et Blade), depuis l’épopée séminale du “second quintet” de Miles Davis (65/68) jusqu’à l’univers électrique, synthétique et métissé de Weather Report, Wayne Shorter est toujours resté lui-même en ne cessant de s’immerger dans des contextes différents. Jeune surdoué formé à bonne école, Shorter intègre dès ses débuts professionnels en 1959 “l’université du jazz” : the Jazz Messengers.
Pendant cinq ans, il s’y impose comme un compositeur remarquable aux conceptions harmoniques originales. Il renouvelle alors le répertoire de la légendaire formation d’Art Blakey. Mais c’est surtout le sax ténor (il ne s’intéressera au soprano que plus tard, à la fin des années 60), dont la démarche évoque souvent celle de John Coltrane, que remarque alors la communauté du jazz. Miles Davis en particulier se prend d’affection pour ses falsetto et ses notes étranglées. Au contact de Miles et des membres de ce brillant quintette (Herbie Hancock, Ron Carter, Tony Williams) qu’il rejoint fin 64, Wayne Shorter acquiert un sens de l’espace et du silence. Tandis que Miles Davis devient électrique, la pensée de Shorter évolue peu à peu vers des préoccupations moins formelles, plus coloristes et mondialistes. Il organise sa musique en voix enchevêtrées, en timbres fondus. Associé à Joe Zawinul, il crée Weather Report en 1971. Avec le groupe VSOP dans la fin de ces années 70, avec le Tribute to Miles de 92, dans l’écriture de musiques pour le cinéma ou collaborant carrément avec des orchestres symphoniques, Shorter fait toujours la démonstration d’un temps qui s’écoule sans linéarité.
Brad Mehldau
L’album "Day is Done" paraît en 2005. Un passionnant double album intitulé "Brad Mehldau Trio Live" paraît en 2008. L’année suivante, Mehldau et le producteur Jon Brion se remettent à travailler ensemble pour la suite très attendue de Largo... Il y a une sorte de dichotomie fascinante dans le tempérament musical de Mehldau. Il est avant tout un improvisateur, et il tient beaucoup à la surprise, à l’émerveillement suscité par une idée spontanée exprimée en temps réel. Mais il est aussi fasciné par l’architecture formelle de la musique, et cela marque tout ce qu’il fait. Tout en jouant, il prête attention à l’apparition des idées et à l’ordre dans lequel elles se développent. Chaque morceau comporte une construction narrative très forte, qu’elle s’exprime au commencement, à la fin, ou dans un espace laissé volontairement ouvert. Les deux facettes de Mehldau, improvisateur et formaliste, entrent en interaction et donnent alors souvent une impression de chaos contrôlé. De fait, Mehldau se plaît à juxtaposer les extrêmes. Il s’est ainsi acquis au fil des ans un public fidèle qui s’attend à vivre une expérience singulière et intense lors de chacun de ses concerts.
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