Retour de la Croisière blanche, vitrine alpine des loisirs motorisés hivernaux : ce rassemblement de 450 véhicules tout terrain, s’installera du 27 au 30 janvier pour sa 32e édition, dans les vallées du Champsaur et du Valgaudemar, en zone périphérique du Parc national des Ecrins, malgré de fortes oppositions. Chronique montagne.
La préfecture des Hautes-Alpes vient d’autoriser l’édition 2009 de la Croisière blanche, une manifestation qui réunira du 27 au 30 janvier prochain 450 véhicules tout terrain, 4x4, quads et motos, pendant quatre jours dans les superbes vallées du Champsaur et du Valgaudemar. Les itinéraires qui seront empruntés représentent plus de 300 kilomètres de routes, mais aussi de pistes et chemins théoriquement interdits à la circulation. Ils sont tous situés dans en zone d’adhésion -habitée- du Parc national des Ecrins, c'est-à-dire à proximité immédiate de la zone centrale protégée, le «cœur de parc». Si la loi de 1991 interdit «la circulation des véhicules terrestres à moteur dans les espaces naturels à des fins de loisir», elle prévoit en effet aussi des dérogations pour des «épreuves et compétitions de sport motorisé». C’est donc parti pour une 32e édition de la Croisière blanche, installée depuis 1985 dans le Champsaur-Valgaudemar même si d’année en année, les opposants durcissent, en vain, le ton.
Un collectif d’associations écologistes et de pratiquants des sports de montagne a lancé début janvier un appel au préfet, intitulé «NON à une énième Croisière blanche illégale !» : il regroupe Mountain Wilderness France, la Commission internationale pour la protection des Alpes, la Fédération française des clubs alpins et de montagne, France Nature Environnement, Paysages de France, la Société alpine de protection de la nature, SOS Environnement Haute-Durance et la Coordination pour l'Adaptation des Loisirs Motorisés à l'Environnement (CALME). Le collectif demandait au préfet de ne pas apporter «la caution de l’Etat à une entreprise commerciale de promotion d’activités en contradiction choquante avec les recommandations en faveur de comportements plus économes en énergie et plus respectueux de l’environnement qui sont légitimement demandées à l’ensemble des Français». Le collectif n’a pas été entendu sur le fond, même si la préfecture a, sur la forme, exigé des modifications d’une partie des itinéraires les plus contestés, ceux traversant des sites théoriquement protégés.
Le collectif avait des arguments juridiques : le tribunal administratif de Marseille a en effet annulé le 23 décembre dernier l’autorisation préfectorale de la Croisière blanche… de 2006, arguant notamment que «le préfet des Hautes-Alpes a fait une insuffisante appréciation des intérêts écologiques à protéger», et soulignant que le cahier des charges imposé à l’organisateur de cette «randonnée touristique motorisée» ne permettait pas «de compenser de manière suffisante les dommages occasionnés pendant quatre jours à l’environnement, compte tenu notamment des tracés adoptés, de la nature de l’épreuve et des engins motorisés utilisés, de la période d’hivernage pendant laquelle elle se déroule et du nombre élevé de participants». Le 24 octobre dernier par ailleurs, le tribunal de police de Gap avait condamné à des amendes les organisateurs de la Croisière pour «circulation dans des espaces naturels hors des itinéraires autorisés par l’arrêté préfectoral» lors de l‘édition de 2008.
La Croisière blanche a d’autres ennemis : une partie des syndicats de police de l’environnement (Syndicat National de l’Environnement, Fédération Syndicale Unitaire, Syndicat National Unifié des Personnels Forestiers et de l’Espace Nature, Sud Rural). Ils dénonçaient lors de la précédente édition «l’impact sur les milieux naturels devenu conséquent», établi clairement par leurs adhérents. Ils allaient plus loin : «très médiatisée, la Croisière blanche est aujourd’hui une vitrine des loisirs motorisés hivernaux en France (…). La médiatisation de la Croisière blanche suscite l’engouement pour des pratiques polluantes et perturbatrices que l’on retrouve ensuite, toute l’année, trop souvent en infraction dans les espaces naturels».
Ces arguments sont rejetés par les élus locaux qui accueillent la Croisière blanche, à l’image de Patrick Ricou, maire d’Orcières, commune «camp de base» de la manifestation : «Au vu des conditions dans lesquelles se sont déroulées les précédentes éditions et de la rigueur du cahier des charges qui leur est imposé, nous sommes persuadés que cet événement n’est pas de nature à avoir des répercussions négatives sur notre environnement. La Croisière blanche a des retombées économiques directes évidentes pour nous, en plein mois creux de la saison hivernale, bien sûr, mais nous ne sacrifions pas pour autant notre environnement à ces impératifs économiques ! Il n’y a pas de répercussions : il suffit de venir voir ici» !
Le collectif d’opposants a appelé à manifester samedi 24 janvier devant la préfecture des Hautes-Alpes à Gap, et prépare le dépôt ce lundi d’un référé-suspension auprès du tribunal administratif de Marseille. Si cette démarche n’aboutissait pas, il est à prévoir que des manifestations viennent une fois de plus noircir la Croisière blanche…
Pour en savoir plus :
Une présentation de l’édition 2008 de la Croisière blanche, tournée par un participant, à laquelle il ne manque, détail important, que le son des moteurs.
L’appel du collectif d’associations «NON à une énième Croisière blanche illégale !» et les dernières infos : www.mountainwilderness.fr
La lettre ouverte des syndicats de agents de l’environnement : www.sneecrins.ouvaton.org
Commentaires
Philoup
16H34 27 JANVIER 2009
Ne serait-ce pas l'occasion, justement de n'autoriser ce genre de manifestation que dans un contexte le plus sain possible et en faire une vitrine du "Yes we can" écologique. Je considère comme une pensée unique (Allo? Finkye? Ya kékun?) de ne réagir qu'en INTERDISANT à tout va ce qui n'est pas soi. Je proteste contre cette haine aussi stupide que nauséabonde contre les UTILISATEURS de 4x4 (sécurité d'adhérence) au lieu d'avoir le courage de s'attaquer aux FABRICANTS de 4x4 et de leur imposer des normes exemplaires en matière de pollution!
J'en profite pour râler contre la haine des "motos", amalgame des deux roues où l'on trouve des moteurs deux temps (petits scooters, petites motos, etc.) hyper polluants et bruyants, une petite minorité (mais très voyante) de fous du guidon qui confondent route et circuit, et une large majorité de gens responsables qui cherchent à fluidifier la circulation, dont une bonne partie de passionnés (dont je suis) tout aussi responsables. Une moto bien réglée pollue moins qu'une voiture!
Un moteur polluera plus s'il doit rouler 10 ou 20Km/h de moins … s'il est obligé de rétrograder pour cela! Ce qui compte n'est pas la vitesse du véhicule mais le nombre de tours/minute de son moteur.
Toujours cette culture du Politique dans les sociétés dites-libérales ou dites-communistes où on sanctionne le "petit" quand c'est le "gros" qui est responsable. Cette confusion entre panser les plaies des conséquence par des taxes ou des interdits défoulatoires d'une minorité haineuse (et intéressée?) plutôt que d'en traiter les causes par des mesures politiques issues de l'intelligence collective, m'écœure par l'éthique de lâcheté qu'elle implique. Autoritarisme (caporalisme pour certains) contre démocratie participative? Rester dans le positif plutôt que de s'enliser dans le négatif. Exemple flagrant : La "sécurité routière" qui va jusqu'à précipiter des voitures contre d'autres pour les faire ralentir (trottoirs ou parkings en quinconce, mobiliers urbains accidentogènes, etc.). Le principe est donc de faire des crocs en jambes pour que les "voyous" (sans définition précise du terme) n'aillent pas trop vite! Et je n'ai utilisé qu'un exemple simpliste pour être clair.
Je m'explique sur le plus sain évoqué plus haut, dans tous les sens du terme : Une norme maximale de pollution restreinte et impliquant l'imagination pour l'atteindre (moteurs hybrides, contraintes des normes européennes prévues pour dans dix ou vingt ans, limitation par réutilisation de la chaleur émise par les moteurs, essai de carburants agricoles ou autres énergies électriques moins toxiques dans leur fabrication comme dans leur utilisation, etc..). Exemple-vitrine à suivre : cette course où il faut parcourir la plus grande distance avec un seul litre de carburant.
Visiteur
14H24 27 JANVIER 2009
Bravo aux verts-tueux de la montagne.Ce sont ces memes defenseurs de l'ecologie qui sciaient les piles des ponts enjambant un torrent il y a 4 ans. Leur croisade peut tout justifier.C'est la victoire de l'intolerance et de la betise la plus noire.Malheureusement l'espece n'est pas en voie de disparition.Si toutefois ils etaient declares un jour comme nuisibles je me porte volontaire pour la battue.
YaYa
12H27 27 JANVIER 2009
C'est bien beau, mais rien dans cet article ne m'explique quels sont les dégâts ou atteintes à la faune ou à la flore redoutés ?
Ce n'est plus de la partialité, c'est de l'aveuglement, bref ce n'est pas du journalisme.
Cut
20H36 26 JANVIER 2009
J espère que cette "croisiere noire" sera annulée ! Y en a marre des beaufs en 4x4 et en quad qui polluent la planète pour combler leur impuissance sexuelle !
Oliip
17H28 26 JANVIER 2009
François, tu es partial, tu as oublié d'interviewer un participant, un organisateur... A moins que tu aies craint de les tourner en ridicule, même sans malice... ;-)
Je suis aussi partial que toi (et que les marmottes, les gypaetes barbus, les bouquetins, et les humains qui aiment la montagne en tant que monde du silence, pas comme nouveau bac à sable).