Cette année, les fondus de sports d’hiver rédecouvrent le télémark, testent le skating, se lancent dans la randonnée en raquettes, voire, pour les plus fous, dans le ski à voile !
La pleine lune reprend le flambeau
On ne compte plus les stations qui organisent, les soirs de pleine lune, des descentes à ski sur les pistes. Réfléchie sur la neige, la lumière de l’astre est largement suffisante pour pouvoir skier sans inquiétude dans la montagne endormie. Le plus souvent, la formule comprend un repas en altitude avant de plonger vers la vallée illuminée. Magique ! En comparaison, le ski nocturne éclairé au projecteur, comme en en voit de plus en plus souvent au bas des stations, reste bien fade. Attention pourtant : il est totalement suicidaire de pratiquer la descente de pleine lune sur une piste si l’activité n’est pas organisée par la station. La nuit, les pisteurs entretiennent le domaine au volant de leurs puissants rattracks. Gare aux risques de collision ! Les professionnels de la montagne, guides ou accompagnateurs, sont de plus en plus nombreux à proposer des sorties full moon sur des itinéraires adaptés. Renseignez-vous et réservez ! Prochaine nuit de pleine lune : le 21 mars.
Le télémark, une affaire d’esthètes
On peut situer le télémark au point de croisement du ski alpin, du ski nordique et du ski de randonnée. Les planches sont légèrement plus longues que les skis classiques, et la fixation est libre à l’arrière, ce qui permet de plier le genou amont. C’est l’une des formes de ski les plus anciennes et, sans doute, la plus élégante. Elle avait disparu au XXe siècle avant de ressusciter dans le Colorado durant les années 70. Le télémark ne cesse de gagner des adeptes dans les montagnes françaises, Jura en tête. On trouve ce ski et ses fixations particulières à la location dans toutes les bonnes boutiques, et on peut en apprendre les bases dans les écoles de ski de presque toutes les stations. Cyrille Copier, guide aux Vigneaux (Hautes-Alpes), encadre depuis dix ans des sorties, stages et raids en télémark : «Les curieux sont soit des skieurs nordiques qui veulent se mettre à la descente, soit de bon skieurs alpins. Attention, c’est physiquement et techniquement plus dur que le ski alpin… mais la plupart de ceux qui s’y mettent sont très vite accrocs !» Le guide énumère les attraits principaux du télémark : «Le matériel est plus léger, et les chaussures plus souples. On a une vraie sensation de légèreté. En ski alpin, on est très vite sur la défensive sur la neige, en accroche, alors qu’en télémark, en fin de virage, lorsqu’on est en génuflexion, on prend le temps de glisser encore. Par sa technicité, ce ski est très ludique: on ne cesse de chercher l’équilibre, la fluidité, la douceur…» L’effet est également garanti sur piste: les skieurs, bien plus que les snowboardeurs d’ailleurs, restent toujours fascinés par le style coulé d’un télémarkeur, même s’il est moins rapide qu’eux… L’atout suprême du télémark est aussi qu’il permet de profiter de tous les terrains, de croiser randonnée nordique, en dehors de toutes traces, et ski de descente. En hors piste classique, sur un faux plat ou au fond d’un traître vallon, le télémarkeur se distingue une fois de plus par sa digne légèreté : il double sans forcer, d’une foulée souple et glissée, les snowboardeurs planche sur l’épaule et les skieurs trimant sur leurs bâtons...
Le skating, comme sur des roulettes
Le pas de patineur, caractéristique du ski de fond, séduit de plus en plus de montagnards. «L’explosion du roller, depuis une décennie, a contribué à développer le skating : les deux pratiques sont complémentaires, en terme de gestuelle», souligne Yann Latrompette, responsable du ski nordique du magasin Espace Montagne, près de Grenoble. Avis aux fous du roller : en montagne, vous savez ce qu’il vous reste à faire sur la neige… D’autant plus que tous les sites de ski nordiques sont désormais adaptés au skating et que le matériel continue de progresser, avec la généralisation des structures en nid d’abeille et de l’utilisation du carbone sur les skis et les chaussures. «Le ski absorbe mieux les vibrations, ce qui améliore la stabilité et la glisse», souligne Yann Latrompette. La cambrure accentuée des skis récents permet aussi, par effet dynamique, de gagner en élasticité et en vitesse… avec un peu moins d’effort.
Le speed riding ne manque pas d’air
Cette discipline hybride, la plus récente de toutes les activités de glisse, est réservée à quelques initiés, accros au freeride et au parapente. On en parle donc uniquement pour que vous puissiez briller durant vos soirées raclette… En utilisant une voile de chute libre, un parachute donc, les speedriders peuvent sauter les barres rocheuses les plus escarpées et poser leur trace sur les pentes les plus improbables. La vitesse est caractéristique de la discipline, jusqu’à 100 km/h, mais arrivé à ce point, les skis ne sont presque plus en contact avec la neige. Pour se faire une idée de ce que les meilleurs peuvent faire, il fait visionner sur Youtube la performance époustouflante du Savoyard François Bon, qui s’est offert la descente de l’Eiger, en Suisse, d’abord par sa face ouest puis par sa légendaire face nord, réservée jusque-là aux alpinistes. La séquence, en caméra embarquée, a été vue plus de 700 000 fois ! A un niveau moindre d’engagement, sur des pentes plus raisonnables, le speed riding bien maîtrisé permet une glisse d’une légèreté inégalée. La petite taille et la maniabilité de la voile permettent de pratiquer le speed riding même dans des condition aérologiques difficiles. On reconnaît les meilleurs speedriders à leur capacité à garder le plus possible les skis en contact avec la neige, en évitant de prendre trop de vitesse. Attention, il ne faut pas confondre speed riding et snow kite. En kite, le skieur se fait tracter par une petite voile, qui n’a rien d’un parachute mais tout du cerf volant. C’est plus accessible, mais cela reste très technique. Autrement, le schuss, c’est bien aussi…
Pour en savoir plus: Speed Riding, Attack à Popowland, DVD d’Antoine Boisselier (Seven Doc, 2006).
La raquette à neige, à pratiquer sans filet
Comment ça, la raquette à neige n’est pas un sport de glisse ? Sur une belle pente vierge, les sensations sont grisantes, et les figures des styles tout à fait possibles… Bien sûr, la majorité des pratiquants préfèreront la marche lente, contemplative. C’est d’ailleurs la randonnée en raquettes qui est l’alternative au ski la plus pratiquée en montagne. En l’espace de quelques années, elle a pris une place incontournable. Tant et si bien qu’une partie des stations de ski nordique, confrontées à une baisse dela fréquentation, ont inventé la «redevance raquettes». L’idée étant de faire payer un forfait aux raquettistes… justifié par la mise en place de circuits damés. Qu’on se le dise: la raquette à neige ne trouve son utilité, et le plaisir qui va avec, que sur neige fraîche, non damée ! Si une astation tente de vous racketter, faites comme les montagnards locaux : boycottez les sites payants !
La liste noire des sites payants est disponible sur www.raquette.free.fr