Je ne sais plus quoi dire sur Los Angeles. C’est peut‐être comme le Festival de Cannes : il faut garder en tête ce fantasme d’un lieu glamour où le seul embarras serait les
paparazzis. Je n’ai pas vu de paparazzis.
Mon ami m’en a parlé. Il avait fait ce projet en arrivant dans cette ville et s’était fait passer pour l’un d’eux pendant trois mois. En résulte une belle série de photos et la capacité de me dire qui des jeunes actrices en vogue est franchement affligeante ou pas. Je ne sais pas quoi écrire sur cette ville, mais à peine j’y pense que les mots se font durs et insensibles. Pourtant, sans le vouloir, on s’y attache. Tous m’ont répété avec une certaine satisfaction : «au début je détestais cet endroit ». Ils affichaient un air vainqueur comme pour m’exprimer le plus clairement possible qu’ils étaient désormais dans une histoire d’amour avec cette ville qui ressemble à un verre de vin renversé sur une toile cirée. Ou plutôt un verre de gin tonic en fin de soirée. Acide, sucré, avec un goût de pétillant passé.
Je pense au roman de Bukowski, Hollywood. Dont j’ai oublié l’histoire. Ce n’est pas à défaut de l’avoir aimé mais j’oublie. Il me reste seulement en tête ces visions de femmes très belles et venimeuses et dans la bouche ce goût de whisky et la sensation d’une énorme gueule de bois en refermant le livre. Une solide et délicieuse gueule de bois.
Hollywood. On me demande évidement où j’ai habité à Los Angeles. Ils aiment dire «L.A.». Je réponds «Downtown».
DOWNTOWN. Pour les gens, soudainement, cela explique tout.
Evidemment, à l’autre bout de la ville, dans leur villa avec piscine, la vie avait la saveur de vacances ponctuées pas des hurlements de coyotes. Secrètement, je pense à eux comme à ceux qui s’installent à Santa Barbara ou à Santa Monica et me dis que la vie justement, ce n’est pas des vacances. Downtown c’est la vie.
Il faut comprendre qu’ici, d’un bloc à un autre, on change de quartier. En traversant une rue Downtown on peut faire plus de chemin qu’en une existence. Ce quartier a tout vu. Il a tout été, le lieu de tous les rêves. Et à sa façon il l’est encore. Il fut le temple des banques. De cette ère d’une économie révolue, il reste de gigantesques portes dorées et des façades impressionnantes qui donnent parfois l’impression d’être dans un film d’aventure pour enfant. Mais comme il n’y a pas d’enfants on se souvient : Downtown. Il y a ce moment où les cinémas se sont construits plus vite que les journées ne passaient. Il reste ces entrées et ces espaces d’une époque inconnue et fantasmée dont on aimerait encore entendre les rires et la musique. Mais à la place un vendeur de chaussures «Made in China à 5$ la paire‐12 les trois» demande notre pointure.
Attention il ne faut pas se méprendre, j’ai aimé Downtown. Ou peut-être ai‐je simplement aimé à Downtown... En tout cas, à travers ce bordel est né une histoire d’amour. «Les fleurs bleues poussent dans la boue». Il y a ces immeubles géants de quartier d’affaires auxquels se mêlent un radeau de Guehry, chlorophylle et luxuriant, un musée d’art contemporain ambitieux dont la programmation se veut tellement ouverte qu’elle en devient énigmatique. Il y a Little Tokyo qui permet de partir en voyage sans monter dans un avion. Il y a Chinatown, quelques galeries trop souvent fermées ont échoué et où le thé peut avoir un goût de miel et de kumquats qui changera à jamais notre conception de la douceur. Il y a le quartier des fleuristes mexicains où les couleurs explosent, où le rouge n’a plus peur de rencontrer le blanc. Où tout se récupère. Où les fleurs ont une vie qui ressemble à un film d’ Iñárritu, épuisant et magnifique. «Les fleurs bleues poussent dans la boue». Au milieu se trouvent les quelques blocs que j’appelais «la Cour des miracles» pour faire peut‐être semblant de croire à un peu d’espoir. Mais les Missions et les homeless concentrés dans ces rues ne laissent aucune place à l’espoir. Ils offrent seulement un dégout profond pour cette distance entre West Hollywood et ce bas‐fond. Difficile de passer par là sans croiser deux toxicomanes en manque, un type qui supplie pour de la monnaie et un autre en train de se branler, pendant qu’un peu plus loin, celui‐ci chie au milieu de la rue. Il devient alors compliqué de se souvenir que cette ville est le temple du glamour. J’y ai vu tant de tristesse.
Nous habitons Downtown, dans le Fashion district. Ici les choses sont parfois désespérées, mais tellement vivantes, parfois si belles et toujours profondément vraies. J’ai aimé cette vérité, réalité perdue entre deux décors... J’ai aimé le marché du mercredi qui prend la place des alcooliques désœuvrés de Pershing Square et où les citrons sont doucement amers et si peu chers. Je n’ai jamais pu y acheter des framboises. Leur fausse douceur était inaccessible. Comme ces actrices croisées entre deux castings inexistants, elles avaient la chair trop ferme et injectée pour avoir du goût. Il y a un mur entre Downtown et les framboises d’Hollywood. Pourtant on me dit encore que c’est la même ville et mon ami me rappelle qu’il est plus rapide de voir la mer de Venice Beach depuis Downtown qu’en partant d’Hollywood.
Je ne sais pas quoi penser de Los Angeles. Mais je crois qu’il faut vivre à Downtown pour comprendre au moins un peu cette ville.
Et toujours et encore.
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Commentaires
Marc Bruimaud
01H25 03 NOVEMBRE 2012
Je ne sais pas qui est Laure Flammarion, mais cet article est inepte.
Visiteur
20H09 01 NOVEMBRE 2012
Je crois que vous ne connaissez pas Los Angeles. Réduire cette "ville" à downtown (horrible) et à Hollywood (lequel?) est pire que réducteur. Los Angeles est une ville atroce......... partout et je dis bien partout (même à Beverly Hills ou à Bel air)on n'est nulle part.. cette sensation de vide, de faux habite la ville. Il est impossible de vivre dans cette ville....